Cette jeunesse qui a voté Front National

*Qu’il soit clair pour tout le monde que les lignes qui suivent parlent de la jeunesse qui a voté Front National et n’englobe pas toute la jeunesse de France ni toute une génération.*

En lisant un article intitulé « cette jeunesse que le Front National n’effraie pas » dans le Monde édition abonnés du 31 mai 2014, j’ai été frappé par les discours des dits jeunes. Les deux journalistes ont interrogé des jeunes entre 18 et 25ans, dans les villes de Reims et d’Auch. Pour ceux qui ont voté aux élections européennes et donné leur voix au Front National, il y a un point qui ressort : le clivage entre ceux qui n’auraient droit à rien – et les autres qui auraient droit à tout : les étrangers, les extra-communautaires, les patrons voyous, bref « l’autre ».

Ce qui m’a interpellé dans les propos de ces jeunes – au demeurant pas si malheureux – c’est le côté enfant gâté. Car oui, ce sont des enfants gâtés. Nous avons une chance énorme : nous vivons dans un pays au climat tempéré, qui n’est pas ravagé tous les six mois par une catastrophe naturelle, qui est en paix, nous ne risquons pas de nous faire tuer par une milice en sortant acheter du pain, nous ne connaissons pas d’épidémies sanitaires majeures et la loi n’instaure pas de discriminations pouvant mener à la mort. Ça n’a l’air de rien mais c’est déjà pas mal : beaucoup d’Etats ne peuvent pas en dire autant.

Effectivement, notre pays subit une crise, non seulement économique et financière mais aussi sociale et politique et les médias ne font pas grand-chose pour essayer de nous rendre plus optimistes. Voilà pour le décor.

L’une des interviewées disait « si tu n’es pas pistonnée, tu n’as droit à rien ». C’est tout à fait juste mais ce n’est pas propre à la France. Certains arrivent même à devenir président juste grâce au carnet d’adresses de papa, demandez à Georges W. Bush. Mais le véritable problème est qu’on a une jeunesse, qui a entre 18 et 25ans, à qui personne n’a enseigné la culture et le goût de l’effort et du travail. Et pour cause : on les a biberonné à coup d’émissions de télé-réalité dans lesquels des potiches (filles et garçons) pouvaient devenir riche et célèbre sans rien faire. Nabilla en est la parfaite démonstration : voici une jeune personne qui en dehors de son physique, n’a absolument rien et qui réussit à faire parler d’elle et à capitaliser sur une notoriété. Etonnons-nous après que des gamines de 16ans veulent faire la même chose et en délaissent leurs études. J’ai cité Nabilla, j’aurais pu citer Zahia.

Les médias nous montrent en permanence deux types de personnes : des potiches (filles et garçons encore une fois) creuses et de vieux briscards qui sont en place depuis une dizaine voire une vingtaine d’années. Points communs : la lumière des médias, un coup de chance et du relationnel. J’ai du mal à me souvenir de la fois où j’ai vu un intellectuel sur un plateau de télévision dans une émission grand public sur une chaîne généraliste (et non LCP et Arte ne rentrent pas dans cette catégorie).

Quand autour d’eux, les jeunes n’ont que des modèles de facilité, comment voulez-vous qu’ils comprennent que la vie est difficile, que c’est un combat permanent, qu’il faut enfoncer des portes et se battre tous les jours pour avoir ce que l’on veut ? Si autour d’eux, ils n’ont que des modèles de paresse, ils ne se battront pas davantage  et resteront bloqués dans une situation qui ne leur conviendra pas. Mais plutôt que de se remettre en question, ils trouveront un bouc émissaire.

De la même façon, c’est une génération qui a grandi dans l’opulence : on les a matraqués d’images de luxe, on en a fait des petits moutons asservis à une société de consommation, qui ne semblent trouver son bonheur que dans une consommation frénétique. Alors quand  ils ne peuvent pas consommer comme ils le souhaitent, ils sont frustrés et plutôt que de se battre pour ce qu’ils souhaitent, ils cèdent à la facilité.

Cette jeunesse qui a voté Front National est le résultat de notre propre lâcheté. Dans les familles où les parents lisent beaucoup, par mimétisme, les enfants vont aussi lire beaucoup. A titre d’exemple personnel, mes parents sont deux grands lecteurs. J’ai donc moi-même une grande bibliothèque et j’ai déjà fait quelques nuits blanches à cause d’un livre que je n’arrivais pas à lâcher. Je connais aussi des amis, qui sont parents, avec une très grande culture générale (ils se reconnaitront s’ils lisent ces lignes) et dont les enfants sont très éveillés et avec une grande vivacité d’esprit. Il est également vrai que les dits parents n’abandonnent pas leurs enfants avec la télévision tous les jours, qu’ils les emmènent dans des musées, font des activités avec eux, des promenades, etc. Et non, ce n’est pas une question d’argent : beaucoup de musées sont gratuits certains jours, les bibliothèques sont gratuites et planter un arbre ou faire de la pâte à pizza ne coûte pas beaucoup d’argent.

On a élevé toute une génération sur le principe de la facilité, de la paresse et du laisser-aller et on s’étonne de leurs choix politiques ? Soit c’est du cynisme absolu soit c’est d’une grande stupidité. 

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