Informer est un droit fondamental

Ces derniers jours, nous avons beaucoup discuté sur les réseaux sociaux du délit d’entrave numérique à l’IVG, projet de loi discuté jeudi à l’Assemblée Nationale.

Comme expliqué dans un petit déluge de tweets, je suis opposée à ce texte. Pour moi, l’interruption volontaire de grossesse est un droit fondamental car il est lié au droit de disposer de son corps, lui-même relié au droit à la vie privée. Les constitutionnalistes trouveront surement à redire à ma construction juridique mais j’assume pleinement. Néanmoins, je n’ai aucune difficulté à admettre que d’autres personnes soient opposées à l’IVG, tant qu’elles ne m’imposent pas leurs points de vue. L’IVG est une question privée et en dehors des aspects purement médicaux et sanitaires, l’Etat n’a pas à s’en mêler.

Créer un délit d’entrave numérique ne résoudra pas le problème de ces sites car leurs armes résident dans leurs maitrises des outils numériques, comme le référencement. Cela va revenir à les placer dans une situation de victime – ce qu’ils ne sont absolument pas – et à ouvrir une brèche, celle de la censure. Or, la censure ne fonctionne pas. Quand on cherche à cacher, à censurer, à bloquer quelque chose, son pouvoir est multiplié par dix. C’était déjà vrai dans les années 70-80, cela l’est encore plus maintenant avec Internet. Aujourd’hui, c’est l’IVG mais qui nous garantit que demain, un délit d’entrave à l’information ne sera pas créé et que des sites comme Le Gorafi ne feront pas l’objet d’une censure. C’est un raisonnement par l’absurde car dans le cas de Le Gorafi, c’est clairement un site parodique mais cet exemple vous montre que ce type de texte, même paré des meilleurs intentions, peut devenir dangereux pour la liberté d’expression et la neutralité du Net.

Sur le fond, il me paraîtrait plus pertinent de doter de moyens humains, techniques et financiers supplémentaires le Planning Familial et les associations afin qu’elles puissent répondre aux femmes ayant besoin d’informations fiables, neutres, médicalement pertinentes.

Liberté d’expression, liberté d’opinion mais aussi liberté d’information et c’est l’exercice plein et entier de son droit à informer et à s’informer qui est reproché à l’élue Les Républicains, Aurore Bergé. Pour avoir appelé une plateforme téléphonique tenue par des pro-vie et avoir raconté son expérience sur sa page Facebook, elle est poursuivie en diffamation. Non content de l’attaquer devant le Tribunal Correctionnel de Versailles, les responsables de cette association demandent au parti Les Républicains de sanctionner politiquement Aurore Bergé.

Sachez-le : le mandat impératif n’existe pas en droit français, même pour les élus municipaux. On peut être élu et avoir ses propres opinions, même si elles ne sont pas parfaitement en adéquation avec son parti d’appartenance. Chaque individu, même élu, est libre de ses opinions. Appeler à sanctionner Aurore Bergé sur le plan politique n’est pas sans rappeler la douce époque de l'Ancien Régime.

Le parti Les Républicains n’a pas particulièrement brillé ses derniers jours, notamment en ce qui concerne ses positions vis-à-vis des femmes et soyons honnêtes : l’élection de François Fillon à la primaire n’est pas franchement un signe d’ouverture sur les questions liées à la condition de la femme.  Le parti a-t-il réellement envie d’enfoncer le clou ?

Aurore Bergé et moi ne partageons pas les mêmes opinions même si nous avons des convergences de vue sur certaines thématiques. Mais elle a le droit d’informer : elle ne fait qu’exercer ses droits fondamentaux. J’irais même jusqu’à affirmer qu’elle a fait son devoir d’élue. En tant qu’élue, elle a un devoir moral de s’informer sur les sujets sociétaux avant de se prononcer publiquement. Elle l’a fait et c’est à partir de cette expérience qu’elle a forgé son opinion. Reprocherait-on à une élue de travailler un dossier avant de s’exprimer ? Cette association aurait-elle appelé à des sanctions politiques si Aurore Bergé avait été membre d’un autre parti politique ? Aurait-elle-même osé poursuivre en diffamation une élue qui aurait émargé au Parti Socialiste, chez Europe Ecologie Les Verts ou même à l’UDI ?

Sache-le Aurore Bergé, tu as tout mon soutien, même s’il ne pèsera pas lourd dans la balance. J’espère que tu seras également soutenue par d’autres élues du parti Les Républicains mais aussi par tes homologues masculins.

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