J’ai mal à ma France

*La mention en gras est un edit, ajouté après la publication.*

C’est une forme de lassitude que j’exprime ici et de dégoût. Pourtant, la France, c’est mon pays. J’y suis née, j’y ai fait mes études, j’y travaille, je respecte les lois de la République, j’y paie des impôts, je m’y fais soigner, bref, j’y suis intégrée. Je réalise d’autant plus la chance que j’ai d’être née dans ce pays que je viens d’une Nation qui a connu la dictature et qui connaît actuellement des moments très difficiles – la Roumanie pour ceux qui ne le savent pas – que légalement, je suis encore rattachée à mon pays d’origine.

Pourtant, plus ça va, plus je me demande si j’ai encore ma place ici. Il faut avoir vécu dans une grotte ces dernières années pour ne pas voir quel est le traitement médiatique et social réservé aux ressortissants de Roumanie. Dernièrement, c’est un maire qui appelait insidieusement aux meurtres de Tziganes parce qu’ils voleraient quelques poules.  C’est un agent immobilier qui me dit que les Roumains sont tous des voleurs qui fouillent dans les poubelles. C’est voir des blagues sur le trafic d’êtres humains. Je pourrais égrener les exemples à l’infini. Pourtant, diplomatiquement, la France et la Roumanie étaient des amis. Le baron Haussmann avait rénové Bucarest. Les petits Roumains apprenaient le Français avant l’Anglais à l’école. L’acier qui a permis la construction de la Tour Eiffel venait de Roumanie et les ingénieurs qui ont aidé M. Gustave Eiffel à construire sa tour, étaient Roumains. Nos monuments de la littérature – Mircea Eliade et Eminescu – se sont installés à Paris. Il n’y a pas si longtemps, être Français en Roumanie, c’était un facteur de fierté. Maintenant, je cache mes papiers Roumains en France et je cache mes papiers Français en Roumanie.

Nous, Roumains de France ou Français de Roumanie, depuis 2010, nous subissons les quolibets et la haine des médias, de certains politiques et de gens comme vous et moi. Pourtant, les personnes géographiquement isolées sont bien contentes que des médecins Roumains se soient installés dans des zones désertiques, là où les médecins Français ne viennent plus. Les petits Français sont bien contents de pouvoir venir à Cluj faire leur internat de médecine, dans des conditions parfois meilleures qu’en France, tant sur le plan académique que social.

Je ne suis pas naïve au point de croire que tous les Français sont haineux des Roumains ni de croire que tous nos ressortissants sont des anges. Je sais aussi que certaines personnes et ONG – comme Médecins Du Monde – font un travail formidable au quotidien pour aider les populations dans le besoin.

Mais je n’arrive plus à supporter toute cette haine qui est devenue quotidienne. S’il n’y avait « que » les Roumains, ça passerait encore si j’ose dire. Mais les récents débats sur le mariage pour tous ont fait ressortir des attitudes parfaitement méprisables.

En 2013, en France, patrie des Droits de l’Homme, une part non négligeable de la population s’arroge un droit de regard sur les orientations et préférences intimes des autres. Quand on pense qu’à l’époque des Médicis, un des fils de Catherine se promenait dans les Tuileries, maquillé, habillé en femme, entouré de ces mignons, sans que cela choque qui que ce soit, on se demande si on a vraiment évolué depuis le XVIeme siècle. Soi-disant vivre pleinement et ouvertement sa sexualité, c’est mettre en péril la société et la civilisation. Le fameux argument sophiste des pseudos-intellectuels qui nous ressortent l’argument de la décadence de la société, dont il convient de souligner, qu’on les retrouve dans certains écrits antiques. A croire que depuis que l’Humanité existe, la civilisation n’a fait que péricliter. Dire à quelqu’un « pédé » est une insulte plus grave qu’homophobe. Il est plus grave de coller une étiquette de préférence sexuelle qu’une étiquette d’intolérant. J’oserais même suggérer que se focaliser autant sur les histoires de coucheries des autres, montre qu’on n’a pas beaucoup de coucheries à soi. Là encore, on ne peut que saluer le travail des personnes engagées comme le Refuge, les LGBT ou encore Act-Up. Sans être forcément en accord avec toutes leurs idées et/ou leurs méthodes, on est simplement soulagé(e) qu’ils existent.

Notre grande Nation des Lumières pratique la fraternité à sa façon : en rejetant tout ce qui ne lui ressemble pas.

Elle pratique l’égalité de façon tout aussi variable. Ainsi, une militante de gauche qui se fait insulter et menacer sur les réseaux sociaux, se voit refuser un dépôt de plainte. Après tout, elle l’a bien cherché puisqu’elle a un engagement politique. Cela ne vous rappelle rien ? Elle l’a bien cherché, elle était ivre. Elle l’a bien cherché, elle avait une mini-jupe. Elle l’a bien cherché, elle est sortie de chez elle. De toutes façons, à partir du moment où on est une femme, on le cherche toujours. Le viol et les agressions sexuelles sont – à ma connaissance – les seules infractions pour lesquelles la parole de la victime est systématiquement mise en doute. Personne ne remet en question la parole d’un commerçant qui dit s’être fait cambrioler. Pourquoi remettre en cause celui d’une femme qui vient déposer plainte pour viol, surtout lorsque l’on connaît le parcours du combattant que peut être une procédure de ce type ?

Même dans les formations de prestige, comme l’Ecole Française du Barreau, on pratique le sexisme et le paternalisme condescendant envers les futures avocates, au point que la Bâtonnière s’en est alarmée et qu’une enquête est en cours.

Au rang des infractions pour lesquelles, une forme de tolérance et d'excuse, subsiste : les violences conjugales. Ainsi une animatrice qui porte plainte contre son compagnon, puis qui retire sa plainte, subit plus d'insultes en tous genres que celui qui est présumé être auteur des dites violences. Mais de toutes façons, si une femme est battue, c'est qu'elle a forcément fait quelque chose pour. Battre son conjoint et a fortiori, sa conjointe, est une lâcheté qui ne doit pas ête excusée ni tolérée. Je ne suis pas neutre sur la question, un jour, un de mes petits amis a tenté de lever la main sur moi. J'avais 19ans et avec une vivacité de réflexe que je ne me connaissais pas, j'ai attrapé une statuette en bronze, je l'ai levé bien haut et je l'ai fait sortir de chez moi, en menaçant de lui fracturer le crâne s'il ne s'exécutait pas. Plus de peur que de mal au final. Mais quand récemment, je l'ai recroisé dans la rue, j'ai eu une boule au ventre et j'ai détalé dans les petites rues. Pourtant, c'était il y a presque 10ans, je sais me battre et cogner sec. Pourquoi ai-je détalé comme un lapin ? Je ne sais pas. 

La France, ce pays théoriquement développé, continue à voir fleurir dans ses médias, des commentaires sur la tenue des ministres femmes. Le seul ministre homme qui faisait autant gloser que les femmes, sur son apparence vestimentaire et physique, était Borloo.  Ce qui devrait nous intéresser chez les ministres, c’est la politique qu’ils mènent, pas leur aspect ni leur sexe. L’actuelle Garde des Sceaux subit une volée d’injures à la fois racistes et sexistes d’une puanteur inqualifiable. On peut ne pas être d’accord avec ses idées mais c’est notre devoir – tant humain que citoyen – que de respecter la personne et sa fonction.

Je ne suis, moi-même, pas tendre avec l'actuelle Ministre de la Culture et de la Communication mais c'est bien sa politique qui me dérange, pas sa personne, ni son apparence, ni son sexe, ni le reste. Quand je tape sur un(e) politique, c'est toujours en rapport avec son travail, jamais son apparence. La politique est une fonction beaucoup trop noble pour la réduire quelque chose d'aussi futile que l'apparence extérieure. 

Oui, aujourd’hui, j’ai mal à ma France et si un jour, je décide de partir, ça ne sera pas pour des raisons fiscales mais bien pour des raisons sociales. 

Commentaires

Je comprends votre malaise, mais précisément, les raisons que vous font envisager u ndépart sont celles qui au contraire doivent vous faire rester. Les cons ne sont pas les plus nombreux. Jamais. Ils sont les plus bruyants, ce qui peut nous induire en erreur. Il faut rester, pour tenir le terrain, pour ne pas le leur céder.

Sauf au mois d'août où là je me casse au soleil.

Comme tu le dis, cette montée de l'intolérance ne date que de quelques années. Personnellement je pense qu'il faut la lier au contexte politique et économique.

Notre précédent gouvernement, en voulant racler toujours plus à droite, n'a fait que banaliser les thèses défendues par le FN. Et les dirigeants UMP se défendent aujourd'hui d'avoir participé à cela. La stratégie était simple, désigner un coupable qui serait responsable de tous les maux, et abreuver le peuple de cette vérité. Prémâcher les idées et les rabacher sans cesse afin que nul ne prenne le temps de réfléchir. Rappelons nous du fameux débat sur l'identité nationale...

Chance pour les politiciens, la fameuse crise financière était là. Elle a pu servir d'excuse idéale dans certains domaines, mais pas tous. Combien de fois a-t-on entendu "c'est la crise". Néanmoins il ne faut pas négliger l'impact psychologique de ce matraquage pessimiste sur monsieur tout le monde. Impact qui, à mon avis, renvoie tout un chacun vers les instincts primaires de conservation, bien loin des idées d'ouverture et de solidarité.

Quant au sexisme qui résiste, il ne faut pas oublier que cela fait à peine plus de cent ans que nous sommes sortis de l'époque victorienne, où le rôle de la femme était limité à l'élevage de la progéniture et à la maintenance du foyer. Et m'est avis qu'il faudra encore plusieurs siècles avant que les mentalités n'évoluent vraiment.

C’est le temps des rustres, leur monde ancien, fantasmé, cette vision d’une France qui n’a jamais existée que dans des souvenirs confus, s’éloigne d’autant plus vite qu’il n’a jamais existé, et je crois qu’ils ont commencé (enfin) à le comprendre, alors ils sont mécontents, ils sont pressés, ils ne prennent plus de précautions, ils se lâchent avant qu’il ne soit trop tard. Ils parlent fort pour faire nombre, pour se rassurer, mélange les roms et les roumains, la GPA et la PMA, les pédés et les pédophiles, l’IVG et le TGV, c’est tellement plus simple de parler sans réfléchir surtout quand on a rien d’intelligent à dire et puis les nuances ca complique tout et ils n’aiment pas ça.

le monde était plus simple parce que l’on refusait de voir ça complexité, ne pas voir, ne pas savoir, les gays se cachaient, les femmes se taisaient, les étrangers s’efforçaient d’être transparents, les enfants recevaient des beignes, les riches se faisaient discrets, les pauvres se résignaient, c’était beaucoup plus simple et tout le monde étaient content, enfin presque à part les femmes, les jeunes, les pauvres, les gays, les vieux et les autres, bon y avait bien l’homme blanc entre trente et soixante ans mais lui s’emmerdait très fort.

Mais lentement, surement, inexorablement le rideau c’est déchiré, et tous ceux qui se taisaient ont commencé à parler : les femmes, les jeunes, les handicapés, les homos… et ils en ont des choses à dire depuis le temps qu’ils se retiennent, alors ça fait du bruit et ça complique tout, le réel c’est vraiment trop chiant, rendons leurs la France des « saintes cheries » et du « commissaire Maigret »

Et puis, il faut les comprendre, une femme ministre, d’accord mais dans un ministère adaptée, la condition féminine, c’est bien ça pour une femme, c’est ton sur ton, élégant, discret, parfait sur la photo parce que la : Taubira, une femme, progressiste, combative, avec du répondant ( elle a même répondu à Christian Estrosi donc elle a dû l’écouter, la volonté et la patience !!) et quand même très foncée dans le fauteuil jadis occupé par Alain Peyrefitte, bon il semblerait qu’elle ne soit pas lesbienne, je sais ça ne me regarde pas, ça n’a pas d’intérêt, mais le combo m’aurait fait rire, juste l’idée.

Tu as mal à ta France, j’en suis désolé, pense juste à ce qu’ils lui feront, si tu leurs laisse, la solution est peut-être dans ton exemple des mignons, personne ne se moquait pour de nombreuses raisons et je ne crois pas trop à l’ouverture d’esprit et à la tolérance pour l’homosexualité en France au XVI siecle pendant la contre reforme. Le fils de catherine de Médecis, était prince du sang et futur roi de France, ca calme et les mignons, pour sophistiqués et efféminés qu’ils fussent étaient ses gardes du corps, sa garde rapprochée, et comptaient parmi les meilleures épées du royaume, l’idee de se faire embrocher devait également ralentir les taquineries.

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