La chasse aux pirates

Les personnes téléchargeant illégalement ou pirates tels qu’ils sont appelés par certains vont avoir du souci à se faire. En effet, outre les policiers, les Gouvernements, les majors qui leur courent derrière, ce sont maintenant les chasseurs de prime version 2.0 qui leur donnent la chasse.

Je vous rassure, cela se passe aux Etats-Unis. Vestige de l’Ouest sauvage, les chasseurs de prime ont le droit d’y citer mais plutôt que de traquer de dangereux criminels réellement endurcis sur les routes désertiques du Nevada, nos chasseurs de prime se sont transformés en geek et n’ont plus besoin de chausser leurs bottes et leurs colts, mais plutôt de s’armer d’une souris et d’un modem.

Et quand on voit les méthodes utilisées, on en vient presque à se dire qu’HADOPI fait figure de gentille institution bien proprette. Aux USA, pas de logique préventive, uniquement de la répression, co-organisée par les majors d’Hollywood. Plutôt que d’attendre de la part des autorités un mouvement, elles font désormais appel à … un cabinet d’avocat, ou plus exactement à sa filière commerciale, installée à Washington. Contrairement à la légende, tous les chasseurs de primes ne séjournent pas dans de petites cabanes au fin fond du Colorado (pourquoi le Colorado ? Et pourquoi pas ?). Maintenant, ils ont des cabinets dans Washington (ville tellement ennuyeuse parait-il qu’il peut sembler légitime de vouloir trouver quelques distractions), vivent dans de beaux appartements et portent costume et cravate-club.

Le terrain de chasse a également changé. Finies les autoroutes, les pirates sont repérés sur Bittorrent, leurs IP relevées et une fois que le cabinet a signé un bon gros contrat, accompagné d’un bon gros chèque, avec la major dont le film est piraté à grande échelle, le dit cabinet livre les adresses IP.

On parle toujours de l’attitude « collabo » des Français, du fait que ça fleure bon la délation dans certains domaines mais il faut avouer que sur ce chapitre, les Américains nous ont battu.

Cerise sur le gâteau, une fois les informations permettant d’identifier le vilain pirate qui ose spolier une œuvre culturelle destinée à rester dans toutes les mémoires, au hasard, Expendable (le dernier Stallone), le cabinet qui s’était mué en chasseur de prime, retrouve subitement sa robe d’avocat pour entamer toutes les démarches afin de poursuivre le dit pirate.

Mais ne soyons pas mauvaise langue : le cabinet offre une alternative à l’impétrant. En échange d’une certaine somme, les poursuites sont stoppées. Sinon poursuites et procès public. Et il semblerait que le domaine dans lequel ce type de proposition fonctionne le mieux soit le téléchargement illégal de films pour adultes. Honteux de télécharger illégalement des films pour adultes alors qu’il existe tellement de sites sur lesquels on peut trouver de sympathiques vidéos de famille gratuitement. Mais, rafraîchissez-moi la mémoire : quand quelqu’un vous propose une alternative avant de mettre une menace à exécution, comment cela s’appelle ?

Pourtant, nos chasseurs de prime version 2.0 ont du souci à se faire car certains consommateurs se sont mués en associations, des associations déjà existantes ont décidé de se retourner contre ce curieux cabinet et un avocat de Floride propose même des dossiers standards tout prêt à l’usage des internautes qui souhaiteraient se défendre. C’est là où l’action collective trouve tout son charme. Autant vous dire que la tactique n’est pas du tout appréciée par notre respectable cabinet d’avocat de Washington.

C’est sur qu’à côté de cette équipe de John Wayne, on vient presque à trouver la HADOPI sympathique.

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