La place des enfants dans la société roumaine

Les Roumains regardent toujours les Français avec circonspection quand il s’agit d’éducation des enfants. Et pour cause, j’avoue être moi-même assez surprise par la façon dont certaines personnes « éduquent » leurs enfants.

Depuis la chute de Ceausescu, les enfants sont devenus librement choisis et désirés. Ce n’était pas le cas avant et bon nombre d’enfants devenus adultes connaissent le poids d’avoir été des enfants subis, ce qui n’est pas spécifique à la Roumanie et que l’on retrouve dans les autres pays de l’ancien Bloc Soviétique. La politique de Ceausescu voulait qu’il y ait au moins trois enfants par foyer et évidement, les moyens de contraceptions étaient prohibés ainsi que l’avortement . Cela a été une véritable libération, non seulement pour la femme mais aussi pour l’homme quand les préservatifs, la pilule et l’avortement ont été autorisé et leurs usages facilités.

L’enfant est au centre de la vie familiale. Il est considéré comme une boule d’or (c’est vraiment l’expression consacrée). Donc on met tout en œuvre pour qu’il réussisse sa vie. Concrètement, on ne va pas mégoter sur l’école, les livres, les leçons particulières. Mais on ne va pas en faire un enfant gâté. Plutôt des livres et des jeux éducatifs que des jeux vidéos.

Pilier de la famille certes mais chacun doit rester à sa place. Les enfants sont rarement à la même table que les adultes, souvent, on les fait manger avant les adultes et quand ils sont à table avec des adultes, cela veut dire qu’ils ont atteint l’âge de raison. En clair, il se tient droit à table, ne parle que si on s’adresse à lui, ne joue pas avec sa nourriture. S’il se permet de faire un caprice, ce qui est rare, on le fait sortir de table et manger dans la cuisine ou sa chambre et il sait que c’est une punition.

Au niveau scolaire, j’ai remarqué que cela étonne toujours les gens quand je leur dis que dans les établissements scolaires, il n’y a pas de surveillants. Tout simplement parce que nous n’en avons pas besoin. Les professeurs circulent dans les couloirs et quand des élèves croisent un professeurs, s’ils sont assis, ils se lèvent et le saluent. De la même manière, quand un professeur ou tout autre membre de l’équipe pédagogique entre dans une classe, les élèves se lèvent, saluent la personne et ne se rassoient que quand l’adulte en a donné l’autorisation. Nous ne connaissons pas les problématiques liées à la violence scolaire. Par ailleurs, la plupart des écoles, même publiques, imposent un uniforme et un trousseau. Selon les âges et les niveaux, les élèves ont cours soit le matin soit l’après-midi. Ils font leurs devoirs à la maison dans la partie de journée où ils ne sont pas à l’école.

Pour aller au lycée, il faut passer un examen, si on rate l’examen, on ne va pas au lycée général et on est généralement orienté vers les filières techniques et professionnelles. On peut aussi redoubler. Pour aller à l’université, même chose, un examen pour y accéder, parfois doublé selon les filières, d’examen d’entrée. C’est valable notamment pour le droit, la médecine, l’économie et bien sur, notre fleuron national : Polytechnique, qui est tenté par la quasi-totalité des élèves qui sortent d’une filière scientifique.

J’ai presque envie de dire, heureusement, mais chez nous, il n’y a pas encore cette espèce de sous-culture qui pousse les jeunes à devenir célèbres. Et c’est tant mieux. Pourvu que ça dure. 

L’idée principale de notre système scolaire est qu’aucun enfant ne doit en sortir sans avoir un métier entre les mains.

Il est assez rare de voir des enfants et des adolescents traîner dans les rues. Ils se promènent et voient leurs amis bien sur mais généralement en journée et il est également très rare que les parents ne sachent pas où se trouvent exactement leurs enfants. On dit avec qui on sort et ou on sort, sinon on ne sort pas. Les sorties nocturnes sont prohibées au moins jusqu’à 18ans, autant pour des raisons d’éducation que pour des raisons légales. De la même manière, les enfants ne font pas de caprices pour un jouet ou une douceur dans les magasins, les lieux publics ainsi qu’à la maison. 

Les enfants, pour des raisons tenant autant à l’économie qu’à une certaine morale ambiante, ne quitte le foyer familial que pour se marier. Exception faite de ceux qui vont étudier en dehors de leur ville d’origine, ils logent généralement dans des foyers ou dans des familles qui louent des chambres aux étudiants, ce qui rassurent les parents et les enfants aussi.

Quid des pays étrangers et de l’immigration ? Après l’effondrement progressif du Bloc Soviétiques, les populations de l’Est ont eu envie de bouger et bien sur, les Roumains n’ont pas fait exception à la règle. Il faut savoir que sous Ceausescu, même les déplacements à l’Est étaient quasiment interdits. Pour aller en URSS ou en Chine, il fallait occuper de hautes fonctions au Parti ou être diplomate.

Après 1989, l’une des principales destinations d’exode a été Israël. La communauté juive est estimée à environ 20-30% en Roumanie et certaines familles ont souffert de ne pas pouvoir pratiquer leur culte librement car les manifestations religieuses, la fréquentation des temples, étaient, bien entendu, prohibées. Partir en Israël, c’était pouvoir exercer son culte, vivre son judaïsme librement, tel qu’on le veut. Invoquant la loi du retour, un certain nombre de Roumains ont fait leur Alyah.

Autres destinations, qui me semble assez évidentes, les Etats-Unis et le Canada. Les ingénieurs, les médecins, les scientifiques ont fait valoir leurs diplômes et leurs compétences universitaires pour partir s’y installer. 

Enfin, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Les migrations de populations vers ses trois Etats ont augmenté à partir de 2004, quand la Roumanie ainsi que la Bulgarie sont entrées dans l’Union Européenne (mais pas encore dans l’espace Schenghen). La France n’est plus considérée par les Roumains souhaitant immigrer comme une Terre de Cocagne, notamment à cause du battage médiatique négatif qu’il y a eu ces derniers temps. De plus en plus de Roumains viennent en France pour moins de trois mois pour y travailler et reviennent ensuite en Roumanie. Mais c’est devenu plus rare qu’ils souhaitent s’y installer durablement.

Morale et éducation très bourgeoise, qui peut sembler très 19eme siècle pour des Français mais j’avoue que je n’y suis pas totalement défavorable, car la réussite scolaire, professionnelle et sociale reste le pilier le l’éducation.

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