Le colloque sur la cybercriminalité : un gigantesque WTF

Je vous ai un peu gonflé lundi et mardi sur Twitter avec certains tweets, portant le hashtag #cyberconf. Il s'agissait d'une conférence organisée par l'IMODEV sous le hait patronage du Ministère de la Justice et des Libertés.

Je vous en avais parlé ici ainsi que durant PSES et certains d’entre-vous m’aviez dit que vous regrettiez de ne pas pouvoir y être. Rassurez-vous, vous n’avez rien raté. L’ensemble du colloque a été une succession de WTF, de fails, de conneries.

Tout d’abord, aucun réseau WiFi durant les deux jours de la conférence, je vous ai tout tweeté depuis mon téléphone : je ne vous raconte pas l’état de la batterie le soir. Cela vous explique aussi pourquoi mon article portant sur l’intervention de Jérémie Zimmermann n’a été publiée que mardi matin. Quand je me suis dirigée vers l’une des organisatrices pour demander la clef d’activation du réseau, elle m’a regardé avec de grands yeux ronds. Elle n’avait pas compris la question et ne comprenait pas pourquoi je voulais me connecter à Internet.

Par de WiFi ni de streaming et des slides furtifs. Certains n’en ont pas fait et ceux qui en ont fait les ont fait défiler tellement vite que même ceux qui possèdent une vitesse de frappe plutôt correcte, n’auraient pas pu retranscrire au moins les écritures des slides. Autre point choquant, la plupart des intervenants se sont contentés de lire leurs papiers, à se demander si c’était vraiment eux qui les avaient écrits. Opinion d’autant plus renforcée qu’il n’a quasiment pas été possible de poser la moindre question. Moi qui rêvait de cartonner une des magistrats qui était venue parler du filtrage du Net, je me suis retrouvée réduite au silence.

On avait presque l’impression que les intervenants étaient venus s’écouter parler car il y avait plus d’intervenants que de gens venus écouter. Et pour cause, la place par jour pour un particulier était de 100€. Ca fait cher pour entendre une succession de conneries.

Parmi les intervenants, aucun n’avait de réelle connaissance technique, exception peut-être d’Eric Freyssinet qui a eu l’amabilité non seulement de ne pas refaire la même présentation que celle de PSES mais qui a bien expliqué certaines évidences. Son intervention et ses slides sont disponibles sur son blog.

Non seulement la plupart n’avait pas de connaissances techniques et aucun technicien n’avait été invité, mais le plus « drôle » a été quand même d’entendre un des intervenant reprendre pour partie les interventions de Charles Nouÿrit sur l’identité numérique. Autant vous le dire que ce dernier n’a pas vraiment goûté à la plaisanterie.

J’ai également entendu une représentante de l’ARJEL expliquer calmement que les tennismen étaient plus susceptibles d’accepter les pots-de-vins que les autres. J’ai un autre copain qui n’a pas du tout apprécié.

Et le contenu ? Très faible du fait qu’il n’y avait pas d’interventions techniques, qu’il n’y avait aucune culture numérique. Ainsi, j’ai eu droit aux louanges de la HADOPI, de la LOPPSI, de l’ACTA, en clair de textes juridiques qui sont clairement dangereux pour les internautes.

Je me suis également entendue dire que les Anonymous et Lulzsec étaient devenus une « franchise », qu’ils étaient des terroristes, que les hackers étaient tous des délinquants, qu’Internet était un espace qu’il fallait canaliser, qu’il fallait maîtriser les flux de communication sur Internet.

Non seulement le contenu était faible pour les raisons que j’ai évoqué précédemment, les intervenants ont tous parlé de la même chose ou presque. J’ai passé toute l’après-midi de mardi à entendre parler de phishing.

Par ailleurs, celle à qui j’avais demandé la clef d’accès au réseau s’est plus ou moins contentée de nous lire une succession d’analyse des décisions du Conseil Constitutionnel.

Mais est-ce qu’au moins tu as appris quelque chose ? Oui et non. Je me suis surtout rendue compte que ce que j’avais travaillé seule et retranscrit ici et partagé avec vous était correct juridiquement. J’ai même parfois dépassé le niveau de certains intervenants car ils n’avaient même pas intégré les dernières jurisprudences.

Quant au fait de n’avoir invité ni techniciens ni d’avoir laissé réellement la possibilité d’intervenir, de poser des questions confirme ce que certains d’entre-vous avaient dit : c’est surtout des gens qui étaient venus s’écouter parler et gonfler leur orgueil personnel.

Mais pas une réelle rencontre de professionnels.

Cela confirme également ce que j’ai dit sur PSES : il y a des gens qui sont réellement motivés pour nous faire un code de l’Internet sans avoir aucune culture de l’Internet, des NTIC, des logiciels libres. C’est très inquiétant et ne laisse pas présager de bonnes choses pour nous dans le futur.

Exceptions dans les intervenants : Eric Freyssinet, Nicolas Arpagian et Michel de Rougemont (professeur d’informatique à ASSAS).  

Je retranscrirais une partie des interventions qui ont été faites, si j’arrive bien entendu, à tirer quelque chose de correct.

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