Le vote électronique: problématiques diverses et variées

Si vous suivez les tribulations du Parti Pirate, vous avez sans doute vu qu’il s’était prononcé contre l’instauration du vote électronique qu’Europe Ecologie Les Verts veut instaurer pour leurs primaires.

Pourquoi un tel rejet ? Tout d’abord pour des raisons techniques car il s’agit d’un système opaque géré par une entreprise contestée, en raison de ses rapports avec le Gouvernement. Par ailleurs, la dite entreprise fait régulièrement l’objet d’attaques et donc la sécurité ne serait pas optimum. Pour des questions financières, le coût de l’opération est estimé à 250 000€

Ce qui amène à réfléchir sur la pertinence du vote électronique. Effectivement, le système proposé peut être opaque : comment vérifier l’effectivité de l’identité d’une personne qui va voter, que ce soit pour primaires ou même pour des élections municipales, législatives voire présidentielles ? Cette démarche inclut de mettre en place un système de certification d’identité certifiée. A la rigueur pourquoi pas, dans ce type de problématique, cela peut être tout à fait pertinent et cela permettrait aux personnes qui ne sont pas en mesure de se déplacer d’exercer leur droit de vote, sans pour autant à avoir à se déplacer dans les bureaux de votes.

Financièrement parlant, cela peut également représenter un intérêt car la mise en place de serveurs, de maintenance et tout ce qui peut en découler pourrait coûter moins cher que la mobilisation de citoyens lambda. Le délai de dépouillement serait d’ailleurs raccourci de manière considérable.

Tout cela est bien bel et bon mais ça reste théorique. En pratique, j’entrevois au moins trois problèmes majeurs.

Le premier est la question de la transparence. Quand bien même un système d’identité certifiée serait mise à contribution pour une élection, il conviendra de s’assurer que l’entreprise qui aura la charge de la gestion du vote électronique soit totalement indépendante, notamment du Gouvernement en place mais également des lobbys. Or, la mise en place d’un vote électronique requiert certains moyens financiers, qu’une petite entreprise n’aura pas. Il faudra donc nécessairement que ce soit une grande entreprise qui gère le vote électronique ou une entreprise qui soit financé par l’Etat. Ce qui pose un vrai problème d’impartialité.

Grande entreprise car elle devra nécessairement présenter des garanties techniques suffisantes et effectives pour que le vote électronique ne fasse pas l’objet d’une quelconque attaque informatique. J’ai envie de dire qu’en France, pour le moment, c’est pas gagné. Quand bien même aucune attaque ne serait lancée, il faudra nécessairement que les serveurs soient suffisamment puissants pour supporter un nombre importants de connexions et un nombre très importants de traitements de données sur un temps prédéfini.

Le troisième problème est la fracture numérique. En effet, lors d’élections, les journalistes et politiques déplorent le manque d’intérêt des citoyens pour les questions électorales et peinent à faire venir certaines populations dans les bureaux de vote. Sauf qu’à bien y regarder, les populations qui votent rarement sont également celles qui ne sont pas connectées à Internet. Or, le vote électronique sous-entend tout de même une connexion à Internet. Quelqu’un qui ne prend pas la peine de faire trois mètres pour aller à son bureau de vote ne prendra pas les cinq à dix minutes requises pour procéder à un vote électronique car il faudra obligatoirement que l’internaute passe par différentes étapes, notamment celle de la certification de son identité.

L’autre fracture numérique est la fracture technique. Dans certaines zones françaises isolées, les connexions sont mauvaises. Le temps de procéder au vote électronique, le citoyen aurait plus vite fait de prendre sa voiture, aller voter et boire un coup au café de la place du marché pour célébrer l’accomplissement de son devoir civique.

En l’état actuel, le vote électronique reste une très jolie idée mais les impératifs techniques et financiers sont de véritables obstacles à sa mise en place effective.    

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