Les dangereux raccourcis des journalistes

Je suis tombée par hasard sur un article du Plus du Nouvel Obs, sobrement intitulé « la dangereuse starification des hackers ». Serait mis en cause la course à la notoriété des apprentis hackers.

Le premier paragraphe souligne la forte médiatisation des Anonymous durant le printemps arabe et la mise en évidence de leurs implications dans l’affaire Wikileaks et que c’est suite à ces deux évènements que nos joyeux lurons masqués sont apparus politisés.

Sans vouloir être trop désagréable, les Anonymous se sont d’abord fait connaître suite à leurs actions contre l’Eglise de Scientologie, ce qui remonte tout de même à 2008 et l’une des raisons, à mon sens, ce n’est qu’un avis personnel, pour laquelle ils sont entrés en guerre contre l’Eglise de Scientologie, c’est que les lois Américaines reconnaissent tous les cultes, y compris les mouvements sectaires. Les seules autorités vaguement habilitées aux USA à mettre leur nez dans les affaires des sectes, c’est l’ATF qui s’occupe notamment des trafics d’armes. C’est notamment cette dernière qui a permis le démantèlement de plusieurs groupes sectaires. Pour le reste, que ce soit l’Eglise de Scientologie ou n’importe quelle autre Eglise, ils sont protégés par le premier amendement de la Constitution Américaine. Ce qui leur permet aussi accessoirement de s’en mettre plein les poches, puisque les Eglises bénéficient d’une fiscalité très avantageuse.

Donc dire que les Anonymous ont attendu le printemps arabe pour devenir une sorte d’entité politique est une première erreur, d’autant que Telecomix a également beaucoup fait durant le printemps arabe, notamment en mettant sur pied des systèmes de connexion lorsque Internet a été coupé en Egypte. Si c’était la seule, cela irait encore mais non.

La deuxième est assez renversante car notre journaliste du Plus nous explique que n’importe quel hacker (dont la définition n’est absolument pas donnée par le journaliste. Donc si vous ne savez pas ce qu’est un hacker, passez votre chemin) attaque des sites dans une optique de notoriété sous couvert de relever des failles de sécurité. J’avoue être assez dubitative car dans la mesure où les attaques de sites Web, les intrusions dans les bases de données, ou n’importe quelle autre forme d’altération des systèmes de traitement automatisé de données sont considérées comme des infractions pénales, personne n’a réellement intérêt à se vanter de ce type d’exercices. Donc dire que ce type d’opération est exécuté dans le seul but de gagner en notoriété est faux.

Troisième erreur : l’analyse faite des LulzSec. M’est d’avis que quand les dits membres de LulzSec ont lu le papier, ils ont dû se rouler par terre de rire. Il paraîtrait qu’ils revendiquent un combat contre la censure, pour la défense de la vie privée, etc. Quand on connaît un peu l’origine de LulzSec, quand on connaît leurs «faits d’armes », on sait aussi pertinemment que ce n’était pas le but recherché. LulzSec n’est pas Anonymous. Effectivement, les premiers ont amorcé l’opération AntiSec mais reprendra qui voudra le flambeau. L’entité de départ LulzSec a définitivement disparu.

Sont ainsi associés à l’opération AntiSec la publication de documents confidentiels de la police de l’Arizona, dont les accès étaient protégés par des login et mots de passe aussi compliqués que « admin » et « admin », le défaçage de sites Web, une attaque contre Apple et plus récemment cette semaine, l’usurpation du compte Twitter de Fox News. Il semblerait que le journaliste n’a absolument pas compris que les attaques sont la plupart du temps très spontanées, pas forcément calculées et qu’il suffit de se balader sur un site, de voir une faille de sécurité et d’avoir envie de jouer avec. Il n’y a pas forcément de but politique derrière. C’est avant tout le jeu, le casse-tête intellectuel.

Le fait est que l’article ne fait absolument aucune différence entre les exploitations occasionnelles de failles de sécurité et les opérations de très grandes ampleurs, je pense à celle qu’a subi Sony, qui demandent des mois et des mois de préparation.

La dernière partie de l’article est sans doute la plus délicieuse car notre journaliste a réussi à interviewer quelqu’un faisant partie du mouvement des Anonymous. J’avoue être bluffée, sincèrement. Juste pour ceux qui ne sont pas forcément dans la confidence, sachez que le principe même des Anonymous est de ne pas dire qu’on en fait partie. Si vous tombez sur quelqu’un qui vous dit en être, c’est du bluff.

M’est d’avis que les journalistes devraient réellement s’informer plus en profondeur, plus longuement, plus sérieusement sur ce que l’on nomme pudiquement phénomènes de sociétés avant d’écrire des papiers sans queue ni tête, bourrés d’approximations.  

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