Les Républicains, la droite et la politique

De quand date cette désaffection et ce désamour des citoyens pour la chose politique ? Personnellement, je serai incapable de le dire, le fait est que j’ai entendu pendant toute ma courte vie le discours « politiques, tous pourris ! ». Et il n’y a pas si longtemps, je partageais plus ou moins cette affirmation. L’opportunité m’a été donné de passer de l’autre côté du miroir et de côtoyer ces fameux politiques. J’ai donc pu me rendre compte que les choses ne sont ni noires ni blanches, mais pleines de nuances de gris.

J’ai appris ce qu’était le « métier » d’élu local, j’ai compris la mécanique du militant, le rôle d’un cacique de parti. Malheureusement, ces nuances ne sont pas nécessairement perceptibles pour le plus grand nombre et les crispations autour du congrès du 30 mai à la Villette où les grandes figures de l’ex-UMP, nouvellement les Républicains en ont été la démonstration.

Aujourd’hui, pour beaucoup de gens, la droite est le symbole de la Manif Pour Tous et de l’homophobie, du rejet de l’autre parce que différent, de l’assimilation et non de l’intégration, de la corruption et des affaires, de l’ostentatoire et du matérialisme effréné, de la superficialité et des raccourcis intellectuels.

Ces critiques – qui ne sont malheureusement pas totalement infondées – sont surtout le fait d’un petit groupe de personnes qui ont largement contribué à ternir l’image, déjà bien entachée, des femmes et des hommes politiques. Courant de médias en médias, multipliant les petites phrases et les détours, se contentant de répéter à l’envi une série de poncifs, ces personnes ont à peu près autant de culture qu’une starlette de téléréalité. Les conséquences de ces attitudes se résument à une seule expression : nivellement par le bas.

Si on prend l’exemple de la politique pénale, il est constamment reproché à l’actuelle Garde des Sceaux  son supposé laxisme envers les impétrants, voire son angélisme. Mais lorsque vous expliquez aux gens le coût d’une politique pénale réellement répressive, tant sur le plan budgétaire que sur le plan sociétal, que vous indiquez que les constructions d’établissements pénitentiaires ne dépendent pas uniquement du Ministère de la Justice, mais également des élus locaux, que vous détaillez les problématiques liées à la prison et à la réinsertion, les termes laxisme et angélisme n’ont plus tellement leur place. Mais il est évident que ce genre de démonstration et d’explication demandent du temps, de l’investissement personnel, des recherches et une certaine neutralité. Electoralement, c’est également moins vendeur et valorisant sur une certaine catégorie de personnes. Médiatiquement, cela a encore moins de valeur.

C’est d’autant plus dramatique qu’il existe toute une catégorie d’élus, notamment chez les parlementaires, qui travaillent. Citons Laure De La Raudière, Lionel Tardy, Guillaume Larrivé – même s’il se laisse aller à des raccourcis qui ne l’honorent absolument pas – Isabelle Le Callenec, Bernard Accoyer, Bernard Debré et j’en passe. On a totalement le droit de ne pas être d’accord avec leurs opinions mais ils travaillent. A mon grand regret, ce ne sont pas ceux-là qui sont mis en valeur. On se concentre sur les beaux parleurs et les potiches (hommes et femmes). La conséquence est simple : celles et ceux qui travaillaient réellement leurs dossiers, sans forcément en être récompensés, ont adopté ce mode de fonctionnement. Valérie Pécresse est très pertinente quand elle parle de budget. Malheureusement, elle persiste à parler d’autres choses, sans pour autant avoir travaillé ces sujets.

Il me semble que c’est dans Fahrenheit 9/11 que Michael Moore dit « on n’a jamais perdu une élection en misant sur la stupidité des électeurs ». Ce qui peut être vrai aux Etats-Unis ne l’est pas en France. A multiplier les raccourcis et les formulations oiseuses, la droite française se disloque progressivement. A chasser sur les terres d’une certaine formation politique, on en dégoûte les militants. A dénigrer systématiquement ses adversaires, sans propositions concrètes, on s’isole.

Il existe des alternatives, au sein même de la droite. On peut être de droite et ne pas être homophobe. On peut être de droite et préférer l’intégration à l’assimilation. On peut être de droite et être exaspéré(e) par le terme assistanat, utilisé à tout bout de champ par des personnes qui n’ont jamais eu faim. On peut être de droite et comprendre que le monde est en perpétuel mouvement. Ces élus, ces membres de droite existent réellement. Mais ils n’ont pas nécessairement les faveurs des médias car leurs propos ne sont pas du prêt-à-penser.

Dire que les politiques sont superficiels, c’est en partie vrai. Mais il nous revient aussi, citoyens, de refuser ce prêt-à-penser, de se renseigner, d’écouter les autres sans a priori. Or, en se focalisant sur des détails – et le changement d’appellation de l’UMP est un détail – on montre notre superficialité. Le fond d’un parti, c’est son programme, son organisation, ses statuts, des membres, pas son nom.  Le terme républicain apparaît d’ailleurs dans d’autres formations et groupes parlementaires et politiques, sans pour autant que cela ne fasse débat. De la même façon qu’on ne réduit pas un groupe politique à un nom, on ne réduit pas une pensée politique à une seule formation.

La politique est l’art du compromis mais pas de la compromission et c’est pour éviter ce glissement que nous devons apprendre à distinguer les nuances.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.