Passe sanitaire

Le Conseil Constitutionnel vient de trancher : il a validé la majeure partie du texte sur les dispositions instaurant un passe sanitaire dans un certain nombre d’endroits. Qu’on soit pour ou contre, c’est peut-être la solution la moins pire quand on décide de mettre le nez dehors.

Cet article n’est pas une analyse juridique. Ce n’est pas une étude d’impact. Ce n’est pas un examen d’opportunité ou de conformité législative. Bien que mon activité professionnelle m’amène sur ce type de terrain, dans les lignes qui suivent, il s’agit d’un simple retour d’expérience.

Cela fait un an et demi, bientôt deux malheureusement, que l’activité du Parlement est intimement liée à l’actualité sanitaire. Ma position est finalement très confortable : expliquer les choses, sans forcément prendre parti ni même à devoir formuler une contre-proposition. Il existe des sujets et des thématiques dont je dis très ouvertement que les idées retenues ne sont pas les plus pertinentes. Sur la crise sanitaire, je suis parfaitement démunie et cela me convient très bien. Égoïstement, la seule chose qui m’intéressait réellement était l’accès à la vaccination. Comme tout le monde, j’ai encaissé avec plus ou moins de grâce d’élégance, les confinements, les couvre-feux, les mesures sanitaires, etc. Quand le vaccin est arrivé, j’ai sauté dessus dès que cela a été mon tour.

Je préférerais qu’on vive dans une société où chacun prend sa part de responsabilité, dans la lutte contre l’épidémie : se faire vacciner — sauf contre-indications médicales bien entendu — respecter la distanciation sociale autant que possible, porter correctement un masque, se laver les mains, mettre du gel hydroalcoolique, aérer.

Sur la vaccination, j’ai atteint un stade de saturation. Entendre ou lire à longueur de journée « on ne connait pas les effets secondaires » est usant. Nous consommons littéralement tous les jours, des produits dont nous ne connaissons ni les effets secondaires, ni même la composition. Cela va des produits d’hygiène aux aliments, en passant par les détergents, sans oublier les médicaments que nous prenons parfois au quotidien. Je ne sais pas ce qu’il y a dans mon dentifrice. La composition est indiquée sur la boîte, mais je serai bien en peine d’établir de possibles interactions. Pourquoi est-ce que je l’utilise ? Parce que c’est mon chirurgien-dentiste qui me l’a indiqué, en se basant sur l’état de mes dents. Il est médecin, moi, non. C’est son boulot de me dire ce que je dois faire sur le plan sanitaire et si jamais un pépin survenait, il se réglerait devant les instances compétentes.

Je ne sais pas non plus si le café que je bois religieusement tous les matins est sans danger. Peut-être qu’il est issu d’un champ qui a été traité avec des produits dangereux. Qui me dit qu’il n’y a pas des substances curieuses dans mon jus de fruits ou mes brioches ? Et que dire de l’eau du robinet ? De ma lessive ? De mes produits cosmétiques ? En résumé, si on doit s’inquiéter des effets secondaires d’un vaccin, pour être cohérent avec soi-même, faisons-le pour absolument tous les produits qui nous entourent. Honnêtement, quand je vois ce que j’utilise comme produits, uniquement pour mes cheveux, s’il devait survenir un incident, je commencerai par regarder mes cosmétiques.

En attendant que la population soit vaccinée, il fallait trouver une solution pour essayer de réguler les flux humains dans certains endroits. Dans un pays où la moitié des habitants est vaccinée, un confinement ne serait pas bien accepté. D’où la solution du passe sanitaire, de manière temporaire.

Les opposants au passe sanitaire expliquent qu’il est inutile si on en s’en tient scrupuleusement au respect des gestes barrières, à la distanciation sociale et au port du masque. Je serai tout à fait prête à y croire en théorie. Mes péripéties de ce jour m’ont montré une fois de plus que je ne vivais pas en théorie, monde parfait où tout se passe très bien.

Je me suis rendue au centre commercial le plus proche de chez moi. Je m’arrête dans une boutique de téléphonie sur le chemin, pour demander un conseil. Dument masquée, contrairement aux vendeurs. Je rentre dans le centre commercial : le vigile chargé de réguler l’entrée porte son masque sous le nez. Je passe par la pharmacie. Malgré un marquage au sol, la personne derrière moi dans la file d’attente, s’obstine à me coller.

Je vais à l’hypermarché : la caissière porte son masque sous le menton. Les clients se collent les uns aux autres, parfois avec un masque pendouillant à l’oreille. Aucun des trois commerces ne proposait de gel hydroalcoolique à l’entrée, y compris à la pharmacie. La distance sociale est une vue de l’esprit. Précision utile : le centre commercial en question est le Millénaire, connu pour être désert, même en période de soldes. Il n’y avait donc pas un tel afflux humain justifiant qu’on soit tous collés les uns contre les autres. Et pourtant, c’est limite si la dame derrière moi à la caisse de l’hypermarché n’est pas montée sur mon dos.

Dans le bus du retour, plusieurs personnes sont montées sans masque, pour finalement en mettre un sous le menton quand elles se sont assises.

On parle beaucoup des libertés des uns et des autres depuis quelques mois, mais quand on est un peu paranoïaque et qu’on a peur de cette maladie, manifestement, on n’a pas le droit de voir les autres respecter les mêmes règles que soi. Je ne crois pas qu’il y ait si une grande difficulté que cela, à rester à un mètre d’une autre personne dans une file d’attente, dans un hypermarché vide. Je ne crois pas que mettre un masque dans un espace fermé, soit insurmontable.

Partant de là, est-ce que je suis opposée au passe sanitaire dans certains endroits ? Non. On me dit que les gestes barrières sont suffisants, mais personne ne les respecte. Alors, s’il faut se mettre à filtrer les endroits où vont circuler les individus, pour essayer de ralentir l’épidémie, allons-y gaiement.

Je n’en ai plus rien à cirer. Je me fous de vos craintes complètement absurdes concernant le vaccin, alors que vous vous enfilez des substances toxiques à longueur de journée et que vous croyez — le terme est choisi à bon escient — à l’homéopathie. Je me fous de vos pleurnicheries incessantes sur votre liberté d’aller vous soûler la gueule, alors que vous aviez poney sur glace quand le Parlement a légiféré dans un silence médiatique et populaire ahurissant, sur les libertés fondamentales, au moment où la France connaissait une vague d’attentats. Je méprise profondément toutes ces personnes qui instrumentalisent les craintes des gens et en font un business absolument immonde. Quitte à vous faire du fric, montez des sites de porno, de warez ou de streaming.

Si vous vous êtes senti offensé en lisant ces lignes, c’est votre problème. Quand vous décidez de vous abstenir de respecter l’intérêt collectif, c’est moi que vous offensez. Vous me crachez littéralement à la gueule. Vous passez outre les sacrifices consentis depuis presque deux ans, tant sur le plan humain, mental, professionnel et financier. Je ne vais pas pleurer sur vos « libertés » : vous n’avez pas pleuré sur les « miennes ».

Commentaires

Il n'aura échappé à personne que tous les commentaires ne sont pas validés. Et pour cause : je ne suis pas dans l'obligation de le faire. 

Pour ceux qui me disent "ah, mais tu râlais quand il y avait des lois sur le terrorisme, mais pas maintenant". En effet : parce que mes critiques concernant cette législation, se basent sur des avis de techniciens et d'opérationnels dans la lutte contre le terrorisme. Qui sont les premiers à dire que l'arsenal législatif est sans effet ou presque dans la lutte contre le terrorisme. 

Avoir un bout de papier dans la poche n'est pas plus contraignant que d'être assigné à résidence. 

On me dit que je devrais être en colère contre les Gouvernements successifs qui ont démoli l'hôpital. Alors pardon, mais déjà, je ne vois pas bien le rapport. Si on avait plus de personnel dans les hôpitaux, l'épidémie serait acceptable ? On irait en réanimation comme on va se faire faire un soin de visage ? Et quand les soignants ont défilé ces dernières années, pour déplorer le manque de moyens justement, qui les a entendu ? 

Puisqu'on parle de politique : les mecs qui sont au pouvoir, ils ne sont pas passés devant l'AN, le Sénat, Matignon, en se disant "oh ben c'est joli, je vais m'installer". Le Président de la République, les députés, les sénateurs, etc. ont été élus. 

Quant au vaccin sur lequel on n'aurait pas assez de recul : vu le nombre de gens vaccinés dans le monde et le peu d'effets indésirables, si ça ne suffît pas, c'est que la science, vous vous en tapez, que vous vous êtes juste trouvé une cause pour vous occuper. 

La seule chose que je retiens, c'est qu'on a plus de 37 millions de Français qui sont pleinement vaccinés à l'heure où j'écris ces lignes et que les braillards dans la rue, étaient 237 000 selon le Ministère de l'Intérieur. C'est donc une minorité d'emmerdeurs. 

Je ne vais pas prendre de gants avec des ahuris qui pleurnichent.

Et non, je ne vais pas valider un commentaire qui comporte un lien vers un tweet de Di Vizio, faut pas charrier.  

merci infiniment pour avoir écrit tout ce que je ressens depuis quelque temps

Le droit de ne plus respecter les gestes barrière dans les lieu du pass sanitaire est une mauvaise idée. On ne sait pas comment va muter le virus. Les expert appel au respect des geste barrière y compris pour les vacciné, mais les politiques continuent de clamer au risque 0 du vaccin... On va se prendre une quatrième vague en pleine poire si les politiques ne s'aligne pas sur les épidémiologue. Mais notre gouvernement veut montrer un État fort, un État qui sait alors que nous faisons face à l'inconnu.
C'est comme ca que l'on arrive à une perte de confiance dans les institutions (qui n'étaient pas folichonne avant la crise, ou même avant la prise de poste de Macron). Et que l'on crée du doute, de la peur et du rejet. Des gens doutes, ont peur et en réponse on leur agite une trique, on les menace... Cela créer invariablement de l'affrontement et de la défiance. On parle de l'irresponsabilité des anti pass, des antivax, mais rarement de celle de nos députés (qui se font virer des lois qui les dispense de pass sanitaire à l'assemblé), de nos ministres (qui diffuse des fake news), et du président (qui ferme les yeux sur la mauvaise santé de notre régime républicain et démocratique)

En tout premier lieu, j'aimerai vous féliciter d'exprimer aussi clairement vos opinions et cela me fait plaisir de lire quelque chose d'argumenté.
Vient bien sur ensuite la partie ou j'ose me pencher sur les arguments et où je vais exprimer quelques désaccords.

La réserve émis à l'encontre de la vaccination reposerait sur une méconnaissance de son contenu et de ses effets, or nous ne connaissons pas tout ce que nous ingérons buvons. Il faudrait donc appliquer la même réserve afin d'être conforme à ses idées.
Lorsque vous exprimez qu'il faut agir en confiance. Nous en avons tous besoin. Or la confiance existe t elle encore chez tout le monde ? En fonction de la réponse, ce préalable affaiblie à mon avis considérablement votre argument.
J'ai pu moi même exprimer mon raz le bol des informations incomplètes, orientées, répétées outrancièrement sur tout les modes et je comprends tout à fait votre coup de gueule. De toute évidence, si l'homme n'est pas directement impacté par une mesure ou un évènement il ne réagit pas, ne le traite pas, voire réclame qu'on lui foute la paix.. ce que vous venez de faire.
Au delà de cette réaction "normale", il faut veiller à faire société, ne pas se diviser, trouver se qui rapproche les positions.

Bien cordialement

chère tris,
Ta colère et ta peur sont légitimes. Il faut que ça sorte, donc merci pour ton témoignage. C’est important de comprendre comment ça se passe émotionnellement pour les autres.
Aussi ne trivialise pas celles des autres. Elle sont tout aussi légitimes. Pas parce qu’elles sont justes. Pas parce qu’elles sont vraies. Parce que c’est ce qu’ils ressentent. En ce sens, ta colère, la leur, sont réelles.
Ce n’est pas parce qu’on est con ou que l’on a envie de faire chier que l’on est en colère ou que l’on a peur. Juste parce ce qu’on a « atteint un stade de saturation »
Ce n’est pas non plus un hasard si ça commence à dégoupiller dans tous les sens en ces temps. Il y a bien des responsabilités qui pourrait être pointées. De ce que ce gouvernement est la cible facile, ne saurait le dédouaner de lourdes responsabilités (voir par exemple https://www.lemonde.fr/blog/huet/2021/06/18/covid-19-le-cout-de-deni-de-... ). Il n’est pourtant ni le seul ni le premier à avoir distillé la méfiance. Tes comparaisons avec les lois terros sont évidemment éclairantes.
Alors oui non sommes tous en colère. Et oui la colère, ça rend con. Parce que quand on a « atteint un stade de saturation » : on ne veut plus comprendre. Et c’est alors les autres qui, nous apparaissent, tous, comme indistinctement cons, parce qu’indistinctement incompréhensibles.
Plus que la connerie des uns ou des autres. Ce sont les conséquences politiques d’une telle incompréhension qui m’effraient.

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