Petite escroquerie entre amis : deuxième épisode

Parmi les réelles attributions de Chloé figurait celle de directrice technico-commerciale : pour constituer une trésorerie qui ne reposerait pas uniquement sur les missions en régie, il fallait faire entrer des missions courtes de réalisations diverses. Il avait été convenu que si je voyais des annonces auxquelles nous pouvions techniquement répondre, je devais les lui transmettre.

De ce que j’ai pu voir sur les quelques mois où nous avons travaillé ensemble, Chloé avait trois défauts :

  • Elle promettait systématiquement la lune à des tarifs farfelus, tarifs qui s’expliquent très bien quand on ne paie ni charges sociales, ni charges patronales ni TVA ni impôt sur les sociétés ;
  • Elle était très dispersée ;
  • Malgré ses offres alléchantes, les contrats ne voyaient jamais le jour.

Dispersée car si d’un côté, elle me disait oralement et par écrit qu’elle était débordée parce que cumulant les fonctions de directrice technico-commerciale, DRH et directrice des affaires financières (DAF), elle voulait toujours se lancer dans des projets techniques supplémentaires. Dans la mesure où Atasta n’avait pas de budget pour recruter une personne qui pourrait se charger de certains développement back et front-end pour le projet de R&D, quand Chloé se proposa, John et moi fûmes bien obligés d’accepter.  Elle nous fit également la plaisanterie de parler du projet de R&D à tort et à travers. Ainsi, au mois de décembre, elle fit un email à une personne que je ne connaissais pas, sans nous en avertir John et moi au préalable, pour lui proposer de s’occuper des aspects marketing et stratégie. Problème : non seulement nous avions déjà quelqu’un en externe qui allait s’en chargeait et avec qui nous avions déjà eu des échanges constructifs mais le plus comique était qu’on le lui avait dit.

Autre problème particulièrement pénible pour moi mais dont elle n’était pas la seule origine : l’excès de familiarité. En effet, au moins de novembre, j’eus enfin un premier échange téléphonique avec Sidoine Pierrel, à la fois très long et très pénible. Long parce qu’il parlait tout seul et pénible parce qu’il me posa des questions personnelles, notamment mes convictions religieuses. Lui n’avait aucune pudeur : il me raconta son parcours professionnel et personnel, me donna ses convictions religieuses, politiques, je m’attendais à tout moment à ce qu’il me dise quelles étaient ses positions sexuelles préférées avec sa femme et le planning de menstruation de cette dernière. Décalage horaire oblige, il m’appelait systématiquement le soir, entre 20h et 3h du matin.

Du côté de Chloé, j’avais aussi droit à des informations qui ne me concernaient absolument en rien. Etant quelqu’un de particulièrement rigide, si je ne suis pas contre une certaine cordialité entre collègues ou avec mes supérieurs, je pars surtout du principe que ce ne sont pas mes amis. On pourra éventuellement devenir copains si on est amené à ne plus travailler ensemble.

Malgré ce qu’elle nous avait déclaré à la fin du mois d’octobre, ni John ni moi n’avions reçu nos bulletins mais tout à notre projet de R&D, on ne s’en est pas rendu compte. Nos salaires respectifs ayant été versés, cela nous était carrément sorti de l’esprit.

Si on relit les échanges du mois de novembre 2014, rien de bien exotique : tout semble normal et pour cause, à ce moment-là, les choses étaient normales en apparence, si ce n’est cet excès de familiarité.

Au fur et à mesure des échanges et des semaines, une certaine exaspération montait progressivement : d’un côté John et moi qui avancions tranquillement sur le projet de R&D mais passablement agacés par le côté lunaire de Sidoine et l’éparpillement de Chloé, Chloé qui rageait régulièrement contre Sidoine qui lui déléguait toutes les tâches et qui commençait aussi à montrer des signes d’énervement envers Alain qui prenait certaines libertés. Elle essayait aussi de faire son mieux pour jouer les DRH mais elle était régulièrement court-circuitée par Sidoine et par Alain et elle payait son excès de familiarité par une absence d’autorité sur les personnes qu’elle était censée encadrer. A la moitié du mois de décembre, John prenait des congés et ne revenait que le 7 janvier 2015 au matin.

C’est réellement à partir du mois de janvier 2015 que les choses allaient devenir compliquées.

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