Petite escroquerie entre amis : quatrième épisode

Particulièrement lunaire jusqu’à présent, Sidoine avait brutalement décidé de reprendre les rênes de l’entreprise – tout en étant au Mexique – d’Atasta. Parmi ses charmantes petites manies, il y avait celle qui consistait à fixer des réunions de façon totalement arbitraires et à les annuler au dernier moment. Le truc charmant qui met tout de suite une bonne ambiance.

Alors que ni John ni moi n’étions prédisposés à jouer les commerciaux, Sidoine s’était donc mis en tête de nous faire bosser sur ce type de dossier, en compagnie de Chloé, dont c’était effectivement la mission et du stagiaire.

Chloé avait purement et simplement disparu du radar RH pour se concentrer sur sa fonction de directrice technico-commerciale, consistant donc à trouver et faire des missions courtes et organiser des recrutements pour pourvoir aux besoins de nos clients en régie.  Durant le mois de février 2015, j’eus plusieurs fois et trop longuement Sidoine, à la fois par email et par téléphone. Ayant senti que c’était le moment d’ouvrir le bureau des pleurs – je sens que je tiens à reconversion – Sidoine y est allé de sa petit complainte du pauvre petit chef d’entreprise, qui doit tous gérer tout seul, envers et contre tous, à qui on dit jamais rien, qui n’est jamais informé de rien et qui aimerait qu’on respecte son autorité.

Sur le fond, Sidoine expliquait que nous n’avions pas assez de candidats pour répondre aux offres de régie qui avaient été faites, que c’était un scandale qui mettait la boîte en danger, qu’il n’avait jamais donné son accord pour le projet de R&D et que si la société était financièrement en danger, c’était dû aux manquements de Chloé. En relisant les emails, il est très amusant de constater que le sieur Sidoine utilisait un vocabulaire lui aussi teinté d’affect et qu’il essayait de faire vibrer ma corde sensible (au demeurant parfaitement inexistante dans ce genre de situation). Il en profitait également pour évoquer mon possible licenciement si la société ne remettait pas sur pieds. En dehors de son aspect misérabiliste, ces messages avaient tout du « c’est horrible, on va tous mourir ».

Etais-je paniquée à l’idée d’être licenciée ? Au risque de vous choquer : non et même soulagée. Bien que je ne fusse pas au courant de la totalité de la malversation en cascade – je continue de découvrir des éléments chaque jour – je voyais et je sentais bien que j’avais atterri dans un nid à merde. Or, si Sidoine me licenciait, il devait le faire sur la base d’un bon motif : le licenciement économique pour motif individuel qui donne lieu à un certain nombre d’indemnités. Or, je pouvais convertir ces indemnités pour créer ma propre structure avec John, terminer notre projet R&D, le lancer commercialement, bref, on pouvait prendre notre envol. Le temps de faire les papiers nécessaires, John aurait terminé son contrat de régie et poser sa démission. Que le lecteur garde bien à l’esprit qu’à cette époque, je n’étais toujours pas au courant qu’aucune charge sociale et patronale n’avait été versée et que je n’existais donc pas administrativement.

Après s’être pris le bec avec Alain le mois dernier, Chloé retournait sa veste et se prenait désormais le bec avec Sidoine et comme à chaque fois, elle me transférait les échanges. Et c’est ainsi qu’au 26 février 2015, j’eus le bonheur de découvrir que l’entreprise Atasta Net SAS, dont j’étais la salariée, avait été créée sur la base d’une malversation, à savoir l’ouverture du compte bancaire de l’entreprise au nom de Chloé parce que Sidoine était interdit bancaire. Par ailleurs, dans ce même message, Chloé disait explicitement qu’il était non seulement prévu que ce compte change de propriétaire mais qu’elle devait pouvoir être en mesure de discuter avec l’URSSAFF et le fisc, chose qui lui étaient impossible, dans la mesure où Sidoine n’avait pas tenu les engagements qu’il avait pris.

Il me paraît évident que Sidoine avait l’intention de me dégager et qu’il avait secrètement espérer que je fasse preuve d’une forme d’insuffisance professionnelle, notamment sur les aspects commerciaux, afin de justifier ce licenciement. Le préambule touchait à sa fin, le cauchemar allait bientôt commencer.       

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