Phobie dentaire et sédation profonde

Le saviez-vous ? La stomatophobie est une maladie reconnue par l’OMS. Je ne vais pas vous prodiguer un cours de médecine sur ce sujet. Si vous en êtes au stade où l’idée même d’aller chez le dentiste vous tord l’estomac, vous connaissez le sujet.

La seule question qui vous intéresse est de savoir comment vous faire soigner. Malheureusement, je ne peux pas vous donner des noms de praticiens. Il y a plusieurs années, j’ai appris par hasard que les médecins ne pouvaient pas faire de publicité et qu’un simple billet de blog pouvait avoir des conséquences fâcheuses pour eux avec leur ordre.

Par contre, je vais vous donner des informations pour que vous puissiez trouver votre professionnel.

MEOPA ou sédation profonde ?

Vous connaissez le MEOPA sans vraiment le connaître. En fait, il y a des chances que vous ayez vu ce produit dans des séries ou des films. Aux États-Unis, beaucoup de dentistes utilisent ce mélange pour « tranquilliser » les patients. C’est un simple gaz qu’on vous fait respirer pendant les soins. Une fois qu’on vous enlève le masque, vous êtes parfaitement clair, contrairement à une sédation profonde.

Un bon professionnel vous fera une série de tests pour vous trouver le bon dosage. Chaque personne réagit différemment. Si le dosage est trop fort, vous aurez une sensation nauséeuse. S’il est bien ajusté, vous serez juste bien. Dans mon souvenir, c’était comme une bouffée de marijuana.

Le MEOPA ne fait pas du dentiste un professionnel apte à traiter les phobiques. Ma première expérience avait été fabuleuse. Malheureusement, la professionnelle qui m’a fait découvrir cette solution est partie à la retraite. Je m’étais mise en quête d’un remplaçant.

Pour cela, j’ai contacté l’ordre des dentistes de mon secteur en leur expliquant mon cas. Ils m’ont envoyé une liste de praticiens. Mais le remplaçant en question n’a pas été efficace. La première consultation s’est bien passée. À partir de la deuxième, il était brusque, énervé et impatient. J’ai craqué au bout de la troisième consultation. Comme dit précédemment, le MEOPA ne fait pas tout. Un dentiste peut avoir son autorisation pour utiliser du MEOPA, cela n’en fera pas pour autant un professionnel apte à gérer les phobiques. S’il ne sait pas vous traiter, c’est qu’il n’est pas compétent pour ce point.

Chers phobiques, vous connaissez bien le problème : un petit truc peut se transformer en gros chantier et là, le MEOPA n’est plus suffisant. Il existe une alternative : la sédation profonde.

Sédation profonde

Qu’est que la sédation profonde ? Il s’agit d’une injection pendant les soins dentaires. On vous pose une perfusion dans le bras et vous vous envolez, évidemment pas au sens littéral. C’est une alternative entre le MEOPA et l’anesthésie générale. Elle est pratiquée par un médecin anesthésiste, qui reste présent pendant l’intervention.

C’est une solution pratique quand les soins nécessaires dépassent la simple carie ou le détartrage et c’est avec cette méthode que mes implants vont être réalisés. Comment trouver un praticien ? C’est sans doute la partie la plus compliquée. À défaut de vous donner le nom d’un praticien, je vous invite à formuler la recherche suivante dans votre moteur préféré : « stomatophobie + sédation profonde + votre ville ». Surtout : dépassez la première page de résultats, car il y a un nom qui va beaucoup revenir si vous faites de recherches sur les soins dentaires sous anesthésie générale. Ce nom est celui d’un dentiste qui exerce dans plusieurs pays. Il truste les résultats de Google. Méfiante, j’ai contacté l’ordre des dentistes qui, sans me donner d’informations de nature à violer un secret professionnel, m’a conforté dans ma mauvaise impression. Je ne vous donne pas son nom, car il est judiciairement très vindicatif.

Une fois que vous avez trouvé le nom d’un praticien, contactez l’ordre des dentistes, pour avoir des renseignements. Vous êtes phobique, vous avez déjà fait un pas de géant en prenant conscience du problème, alors prenez toutes les informations nécessaires.

La procédure et l’intervention

Une fois un nom obtenu, il était temps de sauter le pas. En février 2020, j’ai eu mon premier RDV au cabinet. On a commencé par des radios qui ont été faites sur place, une analyse des radios et un diagnostic. À part un chèque pour la consultation et les radios, je n’ai rien signé. D’ailleurs, un bon professionnel ne vous pressera jamais pour signer quelque chose. Vous avez le droit de réfléchir. Si vous croisez quelqu’un qui vous enjoint à signer quelque chose, sauvez-vous en courant. Après cette première consultation, je devais revoir le dentiste le 17 mars 2020 pour établir le projet de traitement. Le COVID est passé par là et tout a été décalé. Je n’ai pu le revoir qu’en juin et dans la foulée, il m’a adressé l’ensemble des documents nécessaires, dont les devis.

En septembre, j’ai fait une consultation pour les soins préopératoires. Le 14 octobre 2020, je passais sur le billard. Honnêtement, j’avais peur. Mais le dentiste m’a dit que c’était normal et que c’était une réaction saine. Avant l’intervention, on m’a donné de quoi me détendre. Une fois sur la chaise, on m’a posé un gel anesthésiant sur les gencives. Puis l’anesthésiste a posé la perfusion et après : plus rien.

Mes souvenirs de l’intervention sont très vagues. Je me rappelle avoir eu une hallucination pendant l’intervention et d’avoir vaguement broyé le genou du gentil étudiant qui était assis à côté. Je suis arrivée à 12 h 15 et suis sortie à 16 h 39. L’intervention en elle-même n’a duré que deux heures. Ayant scrupuleusement suivi les recommandations de la gentille assistante, j’avais fait un très solide petit-déjeuner avant de venir. Mon estomac a bien géré la morphine et la descente a été douce. Je suis restée quelque temps vautrée dans un canapé et une fois redevenue claire, j’ai pris mon VTC. Je me vois monter dans le VTC, dire au revoir de la main à la gentille assistante, rouler vers le périphérique et ensuite, trou noir. Je me suis réveillée quand le VTC a débouché sur l’avenue du Président Wilson. Une fois arrivée chez moi, je me suis changée, je me suis mise dans le canapé et j’ai dormi d’une traite. C’est la voix du Président de la République qui m’a réveillé. À croire que même avec des psychotropes, mon travail ne me lâche pas.

J’avais peur de l’intervention, mais aussi de la douleur. Je n’en ai aucune. Je suis endolorie, mais je n’ai pas mal. Sur une échelle de 1 à 10, je suis montée à 2 pendant 15mn. La prochaine étape sera la pose des implants, dans quelques mois, le temps de la cicatrisation. J’ai une petite gêne avec les fils, mais rien d’insurmontable.

Le coût

Je vais être très honnête avec vous : ça coûte cher. Dans mon cas, avec tous les soins à faire et l’anesthésie, il y en a pour environ 12 500 €. Ma banque a accepté de me suivre et m’a accordé un prêt. Quant au dentiste, il a accepté d’échelonner les paiements, de manière à ce que mon budget ne soit pas déséquilibré. Une partie infime est prise en charge par la Sécurité sociale et une autre partie par ma mutuelle. Ayant renoncé à l’abonnement annuel Navigo pour des raisons que je n’ai pas besoin de vous expliquer, j’ai « transféré » le prix de mon abonnement de transport vers une mutuelle adaptée aux indépendants.

Est-ce que ça m’a fait mal de faire un prêt pour mes dents ? Oui. Est-ce que je le regrette ? Non. Parce que je vais enfin arrêter de faire des abcès à répétition. Parce que je vais pouvoir recommencer à manger normalement des choses qui croustillent, qui se mastiquent. Parce que je n’en peux plus de cette angoisse d’avoir une dent qui se réveille en avion. S’il faut, je prendrai un job supplémentaire à côté de mes travaux d’écriture et d’Arcadie pour rembourser le prêt, mais ayant enfin trouvé un praticien et toute une équipe qui peut me soigner, dans de bonnes conditions, j’en suis arrivée au stade où je suis prête à mettre le prix.

Les soins à l’étranger

C’est une question qu’on m’a posée : pourquoi ne pas me faire soigner en Hongrie ou mieux en Roumanie ? Je ne le conseille pas. Cela peut très bien se passer comme cela peut mal se passer. En France, il existe des mécanismes de protection et de garanties, que vous ne trouverez peut-être pas à l’étranger. Par ailleurs, la barrière de la langue peut être un véritable obstacle. Imaginez ce que peut donner une intervention sous sédation profonde avec un personnel soignant ne parlant pas votre langue, en cas de problème.

Quant à la Roumanie, j’ai prospecté dans ma famille, dans la mesure où il y a plusieurs docteurs en médecine. Or, ce n’est pas leur spécialité et ils n’avaient personne à me recommander. Si j’avais eu quelqu’un de recommandable, j’aurais fait mes soins chez moi.

Dans le contexte épidémique actuel, je ne conseille vraiment pas de partir faire des soins à l’étranger.

Tutoriel pour être soigné quand on est stomatophobe

  • Ne pas culpabiliser : vous n’y êtes pour rien. J’ai une hygiène impeccable, pourtant mes dents sont en mauvais état. Il y a une part de génétique là-dedans, c’est comme ça.
  • Envoyer promener les gens qui vous disent que c’est dans votre tête : non, sans déconner ?
  • Contacter l’ordre des dentistes pour obtenir la liste des praticiens habilités à utiliser le MEOPA si vous voulez essayer.
  • Chercher « stomatophobie + sédation profonde + votre ville » dans un moteur de recherche et ne pas s’arrêter aux premiers résultats.
  • Consulter plusieurs praticiens si vous en avez le temps.
  • Une fois le praticien trouvé, poser toutes les questions nécessaires et accessoires.
  • Faire un budget et prévoir un financement, surtout en cas d’implants. Les implants sont la solution la plus chère, mais la plus durable. Ceux que j’ai déjà n’ont jamais bougé.
  • Prévoir un arrêt de travail ou une période de congés après l’intervention sous sédation profonde. Vous aurez sûrement des médicaments à prendre avant et après l’intervention. Vous serez fatigué.
  • Ne pas monter sur la balance la semaine de l’intervention. Selon ce qu’on va vous donner comme médicaments, vous risquez d’avoir une mauvaise surprise.  

Cas particulier pour les personnes en situation de handicap : au détour de mes recherches, j’ai appris qu’il existait des dentistes, travaillant sous sédation profonde ou MEOPA, traitant les personnes en situation de handicap. Je n’en ai pas trouvé en Île-de-France, mais cela existe dans les Hauts-de-France.

J’espère que ces quelques lignes vous auront permis d’y voir plus clair. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, soit en commentaires soit en message privé, via le formulaire de contact.

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