Politique et corruption: les liaisons dangereuses à la roumaine

L’été dernier, la déclaration de M. Brice Hortefeux concerne le report de l’entrée dans l’espace Scheghen de la Roumanie et de la Bulgarie, pourtant Etats-membres de l’Union Européenne, a déclenché une certaine animosité pour ne pas dire une certaine colère.

En effet, en guise d’explication, le Ministre a déclaré que l’état de corruption des politiques roumains empêchaient pour le moment une entrée effective dans l’espace Scheghen , entrée repoussée aux calendes grecques.

Je ne peux malheureusement pas nier une certaine réalité dans les propos du Ministre, bien que je trouve très ironique qu’elle provienne d’un Ministre condamné récemment. Mais glissons. Pourquoi les politiques roumains sont corrompus ?

Procédons à un retour en arrière dans l’Histoire. 1989, comme toujours notre point de départ, chut de Ceausescu, Gouvernement provisoire mis en place avec à sa tête, Ion Illescu, qui deviendra Président de la République de Roumanie. Soyons honnêtes : si Ceausescu et sa grande salope de femme Elena ont été si vite exécutés, c’était pour éviter qu’ils ne balancent les noms de leurs collaborateurs fantômes.

En effet, tout ceux qui sont actuellement au pouvoir en Roumanie sont des anciens des services secrets et de la Securitatae. Tout comme en République Fédérale de Russie, ceux qui détiennent le pouvoir sont des anciens du KGB.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce sont généralement les seuls à connaître les rouages de l’Administration et de l’appareil étatique. Par ailleurs, se retrouver au pouvoir permet une certaine immunité, il était donc assez logique que les anciens de la Securitatae se retrouvent à la tête du pays.

Ce phénomène vous explique également pourquoi un certain nombre d’archives sur ce qui se passait dans les années 70 à 90 dans les pays de l’Est ne sont toujours pas ouvertes.

Ne nous y trompons pas, le peuple n’est absolument pas dupe mais peu importe où se pose le regard, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, voter pour l’un ou pour l’autre au final revient au même… ou pas.

En effet, la Roumanie a eu aussi son 21 avril. En 2004, une élection présidentielle a eu lieu et le parti qui s’est retrouvé au second tour contre le parti majoritaire était la Grande Roumanie, un parti qualifié d’extrême droite et qui ferait passer Mme Le Pen et le Front National pour une bande de bisounours, tellement les idées de la Grande Roumanie sont extrêmes et sur certains points, délirantes.

Aujourd’hui, la Roumanie a besoin de sang neuf pour se reconstruire mais nous étions obligés de passer par une phase de transition, pilotée par les anciens du régime de Ceausescu car c’étaient les seuls à connaître le système.

Plus de vingt ans ont passé et il serait judicieux et préférable que les anciens dinosaures prennent leurs retraites et laissent la place à la jeune génération. Cette remarque vaut aussi pour la France.

Si vous vous intéressez à la question de la transition politique et administrative dans les anciens régimes autoritaires, je vous conseille la lecture du manuel de Jacques Chevallier chez PUF : Science Administrative.

Edit du 19/04/2016 : à noter que la Roumanie s'est dotée depuis 2002 d'un parquet anti-corruption (DNA) très actif ces dernières années et que l'élection de Klaus Iohannis à la tête du pays montre que les mentalités sont en train d'évoluer dans le bon sens.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.