Se débarrasser d’un harceleur

Véritable fléau à Paris, il n’existe aucune femme, qu’elle soit jeune, vieille, mince, grosse, belle, laide, apprêtée ou en jogging, riche ou pauvre, qui ne se soit faite emmerder dans la rue ou dans les transports.  Je précise que je me cantonne à Paris et région parisienne. Je ne sais pas comment ça se passe en province et je n’ai jamais eu ce type de problèmes en Allemagne, en Roumanie ou encore en Espagne, en Belgique ou au Luxembourg.

Qu’on se le dise : le harcèlement de rue/dans les transports n’a rien à voir avec l’attirance supposée ou réelle d’un homme envers une femme mais relève d’une question de pouvoir et d’intimidation. On est toutes d’accord pour dire que ce n’est pas normal, de ne pas pouvoir se promener ou prendre les transports sans être harcelée. On est aussi toutes d’accord pour dire que c’est un problème d’éducation et que les pouvoirs publics n’en ont rien à faire, si ce n’est coller trois affiches nerveuses dans le métro.  Enfin, on est aussi toutes d’accord pour constater que quand une femme se fait emmerder en public, personne ne bouge, si ce n’est les autres femmes. Et parfois certains hommes.

Ok, tout ça, c’est cool mais quand on est face à un harceleur, il faut savoir réagir. Je ne prétends pas avoir la science infuse sur le sujet, loin de là ni même que ce que je vais écrire va résoudre le problème de fond. Simplement, j’ai pris le parti de me dire qu’il n’y a personne à part moi, qui va devoir gérer. Ce n’est pas une recette magique et je ne prétends pas que mes réactions conviennent à tout le monde.

De mon point de vue, la plupart des harceleurs tablent sur le fait que leurs victimes vont rester passives, vont avoir peur et ne pas réagir. Je grossis volontairement le trait en disant que 95% sont de grosses mauviettes et 5% de vrais dangereux. Donc, quand je me retrouve en face d’un casse-couille, j’ai tendance à le regarder bien droit dans les yeux, bien méchamment et un sourire sardonique, l’air de dire « es-tu candidat au suicide ? ». Touchons du bois, jusqu’à présent, ça a toujours plus ou moins fonctionné. Il faut dire aussi que mes bijoux et le fait que j’ai toujours un casque qui crache du métal sur les oreilles dissuadent pas mal le tout-venant.  

Plus que l’aptitude physique réelle, il faut arriver à montrer à un harceleur que vous n’avez absolument pas peur d’aller à la bagarre si nécessaire.

Et justement, pour se défendre, quoi utiliser ? On a la classique bombe au poivre mais plus économique et facile à trouver, les mini-bombes de laque pour les cheveux ou les déodorants en aérosol. Vous les vaporisez directement dans les yeux, si vous vous sentez physiquement en danger, ça marche plutôt bien. Vous avez aussi les classiques clefs insérées entre les doigts, que vous renfermez, façon coup de poing américain.

Quand j’ai un harceleur en face de moi, je repère aussi les points « à découvert » : pomme d’Adam, cheveux, pieds. Un coup de poing bien senti dans la pomme d’Adam devrait calmer les ardeurs de votre harceleur. S’il porte des mocassins ou des baskets, visez le centre du pied. Evidemment, si vous avez suffisamment de place pour le faire, le coup de talon dans les rotules fait très bien l’affaire mais le coup doit être sec. S’il est face à vous et que vous êtes de taille équivalente, vous lui attrapez le cou par les deux mains, vous levez la jambe (celle que vous voulez) parallèlement à votre harceleur- agresseur, vous écartez légèrement le genou et vous le flanquez de toutes vos forces dans les côtés. Pour cette prise, il faut s’entraîner un peu. Si vous ne l’avez pas achevé, coup de talon au centre pied, coup de tête (par le front) dans le nez. En 10 secondes, vous l’avez mis par terre.

Passons aux transports. Terrain de chasse privilégié des tarés en tout genre, chaque couloir de métro ou de RER, sans parler des quais et des rames est une occasion supplémentaire de se faire emmerder. Un soir où j’allais retrouver des copains au Pouchla, j’ai avisé un type qui me regardait avec insistance. Je lui ai fait mon regard aimable mais visiblement, ça n’avait pas suffi à le décourager. A Marcadet, j’arrive à le semer temporairement dans les couloirs reliant la ligne 12 à 4. Je saute dans le métro, manque de bol, il avait lui aussi attrapé la rame. J’ai avancé dans le wagon, jusqu’à me fondre dans la masse de gens, mais sans le perdre de vue. Il a fini par sortir avant moi.

Ce n’était pas la première fois que cela arrive. Quand je suis allée au cocktail de Futur En Seine, j’en avais déjà eu un qui m’avait suivi de Porte de la Chapelle à Réaumur-Sébastopol. Pour le tromper, je me suis levée de ma place deux stations avant la mienne pour leur donner l’illusion que j’allais descendre et arrivée à ma station, j’ai fait quelque chose que je ne fais jamais : j’ai littéralement sauté de la rame sur le quai 3 secondes avant la fermeture.

Mon dernier « rodéo » en la matière a été un trajet entre le fin fond de Bagnolet à Front Populaire. Je devais aller récupérer des documents à Bagnolet. Une fois mes documents récupérés, j’attends le bus. Deux types, assez jeunes, attendent eux aussi mais ne se mettent pas sous l’abri. Ils restent derrière moi. Mon bus arrive, ils montent aussi. Jusqu’à là, je ne m’inquiète pas plus que ça, ce bus relie le centre de la ville à la grande gare et à la station de métro. Je descends et je monte dans le métro. Ils sont toujours là. Curieux mais sans plus. Je sors à Saint-Lazare et eux aussi. Ok, là, ça devient bizarre. Je vais sur le quai de la ligne 12 et par curiosité, je laisse passer la première rame. Eux aussi. Là, je me dis, c’est signé, ils me suivent. Je monte dans la voiture de tête, la plus près du conducteur, je m’installe entre 3 femmes et j’attends. Eux aussi sont montés et se sont installés à proximité sur des strapontins. Arrivée à Porte de la Chapelle, la rame se vide peu à peu. Je sors de la rame, eux aussi et je fais un peu le tour du quartier. Perdus dans la masse de gens, ils m’ont perdu de vue, je suis rentrée chez moi en bus. Dommage, j’étais prête à leur faire traverser toute la cité, juste pour la blague.

Donc, si j’avais des conseils à donner en la matière, je vous dirais de faire conseil à votre instinct. Si vous sentez suivie, que le regard ou l’attitude d’un type vous met mal à l’aise, changez de place, de rame, descendez avant ou après. Votre instinct est votre meilleure amie. Si possible, montez dans le wagon de tête et installez avec d’autres femmes. Sur le quai, restez proche des escaliers ou installez-vous près de femmes ou de personnes avec des enfants.

Sur ces trois exemples, je n’ai pas eu plus peur que ça. Ma dernière mésaventure n’était pas dans le métro mais dans la rue et là, j’avoue avoir singulièrement manqué de sang-froid. On était dimanche, il était 7h35 et je me rendais à l’école Gutenberg pour tenir le bureau de vote pour le second tour de la primaire de la droite et du centre. Pas un chat dans les rues et les rares commerces du secteur fermés. Je prends l’avenue de la Métallurgie et je m’aperçois qu’une voiture est à l’arrêt. Pensant qu’elle marquait un éventuel stop ou marquage au sol – je ne conduis pas donc je ne fais pas attention à ce type de détail – je continue mon chemin. Mais la voiture redémarre et roule lentement. Trop lentement. Et les intersections sont éloignées. La voiture finit par avancer à un rythme plus rapide et s’arrête à l’intersection de la Métallurgie et du Président Wilson. Ne pouvant pas faire une marche arrière, elle tourne à droite. De mon côté, j’attrape la rue de l’encyclopédie et je vois les phares d’une voiture. La même. Je me cache entre et derrière les camionnettes et une fois que la voiture a tourné, j’ai tracé jusqu’à Gutenberg. Je reste persuadée que je suis tombée sur un 5%.

Mais cela vous montre que ce n’est ni une question de lieu – la Plaine Saint-Denis, c’est assez calme et bourgeois – ni de jour, ni d’heure, ni de tenue vestimentaire.     

Quand tu as manqué de te faire descendre deux fois par des types armés – rien à voir avec les attentats je précise – tu as tendance à ne plus avoir peur de grand-chose. Pour autant, ça ne règle pas le problème quotidien de tous ces finis-à-la-[censuré] qui se prennent pour des hommes virils en emmerdant les femmes dans l’espace public. Du coup, pour moi, le seul véritable conseil qui vaille est de savoir se défendre car le fait de savoir riposter donne confiance en soi.

Peut-être que je vivrais assez vieille pour ne plus être emmerdée dans l’espace public à Paris.

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