Une certaine hypocrisie française

*J’assume le côté totalement décousu, anarchiste et libertarien des propos qui suivent.*

Si on suit l’actualité économique et financière Française, on ne peut être que fasciné par le constant appel au secours des uns et des autres : l’Etat DOIT nous aider ! Que fait l’Etat pour NOS emplois ? L’Etat doit sauver NOS emplois.

De façon très superficielle, on peut se dire que les Français ont un rapport très nourricier avec leur Etat et que le jacobinisme n’est toujours pas mort dans ce pays. Après tout, est-ce vraiment à l’Etat de se préoccuper des emplois du secteur privé ? Il a déjà du mal à gérer les emplois du secteur public. En même temps, les Français sont tellement taxés, qu’ils soient salariés ou chefs d’entreprise, qu’il semble assez logique qu’ils se tournent vers l’Etat quand une usine ferme. Toujours vu de l’extérieur, aux Etats-Unis, où le travail est moins taxé, quand une usine ferme, on ne va pas pleurer au Congrès. Enfin, pas systématiquement.

Est-ce donc parce que le travail est fortement taxé en France que les Français perpétuent cette tradition d’Etat nourricier ? Si cela expliquait tout, les choses seraient plus simples. Au-delà du fait qu’on a pris l’habitude de chercher un responsable extérieur à toutes les difficultés que l’on peut rencontrer, la cause de cette attitude, qui confère au déni, repose peut-être aussi sur notre concept du travail.

En France, si vous dites que votre emploi sert à payer les factures et qu’il ne vous fascine pas, vous êtes un asocial, une sorte de paria. Vous avez un emploi, vous devez l’aimer même si cela consiste à répondre au téléphone avec une voix tellement sirupeuse qu’elle provoquerait du diabète ou à faire des sandwichs à la chaîne ou à nettoyer les sols. Vous devez avoir l’esprit corporate, vous devez donner l’impression que votre travail est votre famille, une sorte de mère de substitution.  

Alors on a fait des choses pour que les gens se sentent bien en entreprise : on a fait des comités d’entreprise pour que les gens se distraient, on encourage les relations extra-professionnelles, on recrute des community manager pour la communication interne, etc. Et surtout, si ça coince, on se tourne vers l’Etat, qui a forcément la solution miracle.

Pour quelqu’un qui vient d’un pays où on nous apprend à nous méfier de tout et surtout de l’Etat, cette confiance aveugle amuse beaucoup et interpelle. Pourquoi donner autant de pouvoir à un monstre froid et tentaculaire, qui en a déjà trop ? Est-ce parce que nous ne sommes pas capables de nous prendre en main nous-mêmes ? Est-ce que parce que les lois de ce pays sont tellement complexes que les citoyens ne peuvent reprendre le pouvoir ?

De mon point de vue, non seulement on n’encourage pas les personnes à se prendre en main mais dès qu’un groupe essaie de s’affranchir, il est immédiatement paralysé. L’exemple de la guerre VTC/taxis en est un bon exemple : on a un groupe qui essaie de répondre à un besoin, s’adapte au marché, fleurit et un deuxième qui va pleurer dans les jupons de maman-Etat pour que le premier ne puisse pas se développer, et cela, à l’encontre du bon sens.

Autre exemple : l’école. Décréter que X% de jeunes doivent être diplômés, c’est bien, les orienter n’importe comment pour les retrouver à 25ans sans perspective professionnelle, ce n’est pas ce que j’appelle une réussite. Haro sur celles et ceux qui essaient de voir les choses différemment. Rentre dans des petites cases pour que maman-Etat puisse te prendre en compte.

Autre exemple un peu idiot, je le concède par avance. Dans ma copropriété, il n’y a pas de poubelles pour le verre et aucune poubelle spécifique dans un rayon de 200 mètres. Les propriétaires me disent de me débrouiller avec mon propriétaire, mon gestionnaire, avec le syndic et le syndic me répond que ce n’est pas une obligation légale. Donc parce que la loi ne pose pas d’obligation, nous ne pouvons pas tous donner quelques euros pour une poubelle qui permettrait de recycler le verre ? Avons-nous à ce point besoin d’un bâton menaçant pour faire les choses intelligemment ?

L’Etat, le travail, l’école, on a parfois l’impression que les Français ont systématiquement besoin de quelqu’un qui soit responsable pour eux : qui leur dise quoi faire, quand le faire, comment le faire et pourquoi le faire. Mais on ne peut pas, d’un côté, passer son temps à gueuler contre une imposition très forte et de l’autre, systématiquement demander à une entité supérieure de tout régler à notre place. Vous voulez une diminution des impôts directs et indirects ? Acceptez de vous prendre en main et vous verrez qu’à terme, l’Etat sera moins présent. Révoltez-vous, arrêtez d’être des moutons de Panurge et arrêtez de pleurnicher dans les jupons des élus dès que vous avez un bobo.  

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