Une citoyenneté à géométrie variable

Dans mes billets précédents la Fashion Week, je vous expliquais les problématiques relatives à l’intégration de la communauté Tzigane en Roumanie. Je soulignais également qu’il y avait un relatif désamour entre les Tziganes et les Roumains.

A mon sens, une des raisons qui explique cette animosité des seconds envers les premiers est le rapport de la communauté Tzigane face à la citoyenneté.

En effet, si en Roumanie, les premiers s’identifient, haut et fort, comme membres de la communauté Tzigane, une fois sortis du pays, ils se revendiquent comme citoyens Roumains. Et soyons honnêtes, cette revendication n’est pas à l’avantage de personne, sauf peut-être des médias qui adorent faire leurs choux gras sur du vide. Ni des membres de la communauté Tzigane qui passent pour être des bons à riens, alors qu’il y en a qui veulent s’intégrer, ni à l’avantage des citoyens Roumains qui sont vus, soit comme des voleurs de poules soit comme des monstres.

Un exemple, l’été dernier, une femme Tzigane était interviewée par M6 (il me semble) et en-dessous de son patronyme était inscrite la mention « réfugiée roumaine » ce qui m’a fait ouvrir des grands yeux tout ronds. Réfugiée ? On est en guerre civile en Roumanie ? C’est la famine ? L’hiver nucléaire ?

Peut-être était-elle venue en France pendant les années Ceausescu ? Non. Elle disait clairement durant son interview qu’elle était arrivée en France en 2009.

En gros, quand ils sont en Roumanie, ils servent allégrement de tous les avantages et systèmes spécifiquement dédiés à la communauté Tzigane dont j’avais précédemment parlé mais quand ils sont ailleurs, notamment en France, ils redeviennent subitement citoyens Roumains.

J’ai tendance à trouver cela trop facile.

Un peu comme la Moldavie qui a gueulé pendant des années pour avoir son indépendance et qui, curieusement, maintenant veut réintégrer la Roumanie, en tant que communauté autonome, alors qu’on est une République unitaire. Donc avoir tous les avantages de l’autonomie (un peu comme en Espagne) avec les subventions de l’Union Européenne qui vont avec, sans pour autant appliquer les mêmes règles que sur le reste du territoire roumain.

Vous ne vous imaginiez quand même pas que la Moldavie réclamait sa réintégration dans la Roumanie juste par passion ?

Cette façon de considérer la citoyenneté, à savoir, profiter des avantages et des droits que cela confère sans pour autant remplir les obligations et devoirs inhérents à la citoyenneté est un facteur d’explication de cette animosité. Animosité renforcée par le fait que la population roumaine est très bigarrée : il y a des Hongrois, des Russes, des Moldaves (de Roumanie), des Moldaves (de Moldavie), des Bulgares, des Autrichiens, des Allemands, des Valaches, des Daces et tout le monde s’est plus ou moins fondu dans un moule commun.

Animosité renforcée par tout un tas de légendes urbaines , je ne le nie pas.

La problématique de l’intégration de la communauté Tzigane est beaucoup plus complexe que ce que les Français peuvent penser.

Il faudra au moins deux générations avant que le problème soit partiellement résolu et la résolution de ce problème passe par la scolarisation des enfants de la communauté Tzigane.

Au risque de me répéter, l’Etat tend la main, il ne reste plus à la communauté Tzigane qu’à la saisir.  

Edit du 16 août 2013 : depuis 2011, la situation des Tziganes en France s'est considérablement déteriorée au point que certains élus n'hésitent même plus à approuver les destructions des biens des Tziganes. Peu importe les problèmes qui peuvent exister, rien ne justifie que l'on puisse s'en prendre de manière aussi violente à une population qui est déjà fragilisée, surtout dans un pays qui se dit défenseur des Droits de l'Homme. Se contenter de renvoyer les Tziganes vers leur pays d'origine - Roumanie, Bulgarie, Albanie - ne résout pas le problème et il est urgent que les Etats concernés commencent à travailler sur une solution pérénne, afin que la communauté Tzigane ne fasse plus l'objet ni d'ostracisme ni de traitement différencié. Les tensions politiques rencontrées en Roumanie ces deux dernières années ont quelque peu occulté la question du traitement des Tziganes dans notre Etat mais cela reste un problème d'actualité. 

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