Une question de décence

Avec les débats autour de la loi Travail, les tensions – déjà assez fortes – se sont encore plus exacerbées, au point qu’en France, tout le monde ou presque a envie de tuer son voisin.

Si on ne devait retenir qu’un seul échec de notre actuel Président de la République, ce serait celui-ci : avoir réussi à faire en sorte que tout le monde déteste tout le monde.

Avec les différents mouvements sociaux qui émaillent le pays depuis plusieurs semaines, deux camps semblent s’affronter : ceux qui soutiennent sans réserve les actions des différents acteurs  et ceux qui les rejettent. Ces deux camps ne font preuve d’aucune finesse, d’aucune réserve et d’aucun recul. Entre ceux qui hurlent « cramer les riches » et ceux qui vocifèrent « salauds de pauvres », on a presque peine à croire que la France a connu un Siècle des Lumières.

Mais en même temps, comment reprocher à ceux qui n’ont rien ou presque, de faire preuve d’excès ? Il ne se passe pas un jour sans qu’une personne aisée ou privilégiée, dont la position sociale ne sera jamais – sauf cas exceptionnels – remise en question, vienne nous faire la leçon en nous disant à quel point nous sommes de paresseux parasites profiteurs.

Je ne suis pas jalouse de celles et ceux qui ont eu la chance de naître avec le bon nom de famille, ni celles et ceux qui sont aisés. Tant mieux pour eux. Mais il serait décent de leur part de ne pas venir nous expliquer qu’ils ont « été à l’école de la vie » ou qu’ « ils travaillent dur » ou que « les Français doivent renoncer à leurs privilèges ». Qui sont-ils au juste ces donneurs de leçons ? Ce sont des médias, largement subventionnés par un Etat qui croit à la pluralité de la presse et qui accorde un statut fiscal privilégié aux journalistes. Ce sont des acteurs et actrices qui bénéficient du statut assez unique d’intermittents du spectacle. Ce sont des employés d’établissements financiers qui jouent au casino avec l’épargne des salariés, qui savent qu’en cas de krach, c’est l’Etat qui paiera.

Tant mieux pour celles et ceux qui ont réussi mais nous ne sommes pas tous nés sous la même étoile. Même en France, pouvoir faire des études supérieures peut être un parcours du combattant. On peut reprocher beaucoup de choses aux Etats-Unis mais leur système de bourse scolaire grâce au sport n’est peut-être pas si mauvais que cela et permet sans doute à des gamins issus des ghettos de fréquenter les meilleures universités du monde, là où en France, les enfants des quartiers populaires se voient mal orientés.  

Pire encore, notre système fait que même des gamins médiocres mais portant le bon nom de famille, seront toujours mieux lotis qu’un gamin des quartiers réellement méritant.

Et que penser de tous ces politiques qui font en ce moment l’éloge de l’apprentissage comme filière d’avenir ? Sont-ils eux-mêmes passés par cette voie ? Pour avoir épluché les parcours professionnels de tous les députés et tous les sénateurs, je vous garantis qu’il s’agit d’une minorité. Combien d’entre eux enverront leurs propres enfants ou petits-enfants en apprentissage ?

Le fait est qu’une partie de notre société se vautre littéralement dans ses privilèges en accusant les autres d’en avoir mais le problème de l’argent ou du pouvoir est qu’il n’achète jamais une bonne éducation. Jeter à la figure du tout-venant vos avantages ne fait pas de vous quelqu’un d’enviable : cela vous transforme surtout en parvenu. Et quand on a ce point besoin d’étaler sa réussite, c’est qu’on cherche à compenser quelque chose.

A vous qui traitez les syndicats, les fonctionnaires, le personnel de la SNCF, de la RATP ou autre, de privilégiés, regardez-vous dans une glace et demandez-vous si vous aussi, à un moment ou à un autre, vous n’avez pas eu le coup de pouce qui a fait qu’aujourd’hui, vous pouvez faire ce qui vous plaît. On peut créer sa chance mais personne n’est à l’abri d’un accident de vie alors faites preuve d’humilité, surtout en face de ceux qui crient leur désespoir.

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