Violences conjugales : un problème majeur en Roumanie

Il persiste aujourd’hui un paradoxe sur la place de la femme en Roumanie. Si d’un côté elle est respectée, écoutée, que c’est souvent elle qui tient les cordons de la bourse, elle fait aussi l’objet de violences conjugales et on ne va pas se le cacher, cela fait partie des fléaux de mon pays.

Si vous vous promenez dans les rues de Bucarest par exemple, vous verrez de jolies femmes, de tous les âges, coquettes, sans pour autant devoir subir des regards concupiscents et lubriques comme je le vois en France. 

Le problème de la violence conjugale n’est pas circonscrit à la Roumanie, l’Albanie à titre d’exemple connaît aussi le problème, au point même l’ONU s’en est ému, ainsi que la Russie.

Vous devez vous demander pourquoi les femmes ne se contentent pas de partir, de quitter leurs maris.

Il y a une réalité économique tout d’abord. La plupart des femmes, même si elles travaillent, ont des enfants et quitter un mari, c’est quitter aussi la possibilité d’élever les enfants, cela veut dire souvent quitter le village ou la petite ville car, si dans une grande ville, changer de logement, repartir sur de nouvelles bases, c’est faisable, mais quand vous avez vécu toute votre vie dans la même petite ville, ou le même village, c’est déjà plus dur. Et sans parler des enfants. Alors les femmes subissent les coups.

L’autre raison tient plus à un contexte social : la violence conjugale fait partie de la vie familiale. C’est du moins considéré comme cela. La femme qui est battue, ne doit pas s’étaler sur la place publique. Cela ne se fait pas. Donc on se tait.

Surtout que la famille ne va pas forcément soutenir la femme victime de violences conjugales.

On estime qu’une femme est battue toutes les trente secondes.

Au-delà des violences physiques, il y a les violences psychologiques qui sont toutes aussi fortes. On estime à seulement 16% le nombre d’entre-elles qui ont le courage d’aller voir la police, qui n’est pas vraiment compétente en la matière et poussent plutôt les femmes à regagner leurs foyers.

D’un point de vue purement juridique et statistique, une étude de 2008 du Centre de Sociologie Urbaine de Bucarest souligne qu’un cinquième des femmes roumaines ont été victimes de violences de la part de leurs compagnons et que 63% d’entre elles sont régulièrement battues. On estime à 12,62% le pourcentage de femmes qui décèdent du fait de la violence de leur mari.

En 2003, la Roumanie s’est dotée d’une législation criminalisant les violences conjugales mais il n’y a pas de mesures préventives, comme en France, où il existe des foyers, des structures sociales de relais, le temps que les femmes aient le temps de se retourner. Par ailleurs, d’un point de vue juridique, la charge de la preuve incombe à la victime et une procédure coûte cher.

Il y a donc non seulement la perspective pour les femmes au foyer de se retrouver sans un sou en poche mais aussi le fait que la procédure va leur coûter de l’argent, sans pour autant qu’elles puissent se retourner vers des structures sociales, de la famille ou des amis.

Le point positif : la jeune génération de femmes est beaucoup moins encline à se laisser tabasser. Par ailleurs, il y a plus de jeunes filles qui quittent la maison sans pour autant se marier. Ayant goûter à une certaine liberté, elles n’acceptent plus vraiment de rester avec un homme qui les bat.

Le gros problème reste la prévention, le fait d’expliquer aux enfants que non, un homme ne lève pas la main sur une femme, quant bien même elle serait son épouse. Les violences envers les femmes sont surtout à l’intérieur du cercle familial. Nos jeunes filles doivent apprendre à dire non. Comprendre qu’un homme qui lève la main sur vous une fois recommencera dans 95%.

Il faut que notre Gouvernement débloque des fonds pour créer et gérer des foyers pour femmes battues, autant dans les grandes villes que dans les coins les plus reculés du pays. Il faut que les acteurs sociaux et la police comprennent qu’une femme battue qui a le courage d’aller les voir ne doit surtout entendre : retournez avec votre mari. Enfin, il faut faire comprendre que le divorce, surtout dans ce cas-là, n’est pas un échec incombant à la femme.

60% des divorces prononcés pour la seule ville de Bucarest ont pour cause la violence physique. Autre chiffre encore plus troublant, en 1994, sur 100 femmes incarcérées pour homicides, 60 avaient tué leur époux en réaction à une violence incessante.  

Elément qui souligne le fait que ça reste encore un sujet tabou : j’ai trouvé peu de documents sur Internet sur cette question, aussi bien sur les pages françaises que les pages roumaines. Ceux que j’ai jugé pertinent et utilisé sont mentionnés.

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