Petite escroquerie entre amis : premier épisode

Commençons par le commencement. Durant l’été 2014, j’ai été approchée, par l’intermédiaire d’un « ami » qui était déjà salarié au sein d’Atasta Net SAS, pour rejoindre cette entreprise. L’ami en question disparaîtra purement et simplement dès que les choses deviendront compliquées. Pour les besoins de la narration, appelons-le John*.  Il s’agissait d’une SSII, faisant principalement de la régie pour des sous-traitants de deux très grandes entreprises françaises. Mais, dans la mesure où cette société avait – c’est du moins ce qui m’a été dit – obtenu le rescrit Jeune Entreprise Innovante (JEI), elle devait impérativement faire de la recherche et du développement (R&D) pour ne pas perdre le bénéfice de ce rescrit. Problème : personne n’en faisait et cela ne pouvait de toute façon pas être fait si le salarié est en régie. Il fallait donc recruter quelqu’un.

Après un entretien particulièrement ubuesque au domicile de Chloé Desoutter, j’ai fini par être embauchée en CDI. Cette dernière m’avait dit qu’elle n’était pas la dirigeante de l’entreprise mais tout de même actionnaire et qu’en l’absence de Sidoine Pierrel, elle était décisionnaire. C’est d’ailleurs elle qui signera mon contrat de travail, s’occupera des documents relatifs à la mutuelle et gérera les dossiers RH.

John m’avait prévenu que le fonctionnement de cette société était particulièrement atypique pour ne pas dire bordélique. Je ne me suis pas formalisée outre mesure du fait que cet entretien ait lieu dans un domicile privé, d’autant que Chloé m’avait largement expliqué que la société faisait de la régie, n’avait qu’une boîte postale auprès d’une société de domiciliation et donc pas de bureau comme dans une entreprise classique.

Lors de cette soirée – car cela se passait en soirée – la quasi-totalité des salariés s’est réunie dans cet appartement : John, Chloé Desoutter, Alain Radix et Sophie*. Chacun s’est présenté, pendant qu’Alain Radix vidait consciencieusement le vin qu’il avait ramené. J’ai ensuite présenté  ce que je comptais faire dans l’entreprise.

Après cette soirée, cela a pris environ un mois pour que mon embauche soit officialisée. Entre-temps, j’avais quitté mon employeur de l’époque – de façon assez sale je dois le reconnaître et je m’en mords les doigts – et j’ai été embauchée le 9 octobre 2014 avec prise d’effet au 15 octobre 2014.

Il avait été convenu que j’étais en télétravail, vu que l’entreprise n’avait pas de locaux et que je travaillerai en binôme avec John sur le projet de R&D. Il a fallu faire quelques aménagements de mon poste de travail personnel mais en dehors de cela, ces premiers quinze jours se sont bien passés. Je n’avais aucun contact avec Sidoine, le premier ayant été par email pour lui demander des références bibliographiques. En dehors de cet échange, c’était Chloé mon supérieur, c’est à elle que je référai sur mes activités, à qui je faisais parvenir mes feuilles de temps, mes résumés d’activités de la semaine**, mes documents légaux, etc. Je laisse au lecteur le soin de se faire sa propre idée avec la sélection de mail attachée à ce texte.

Pour justifier son silence du mois d’octobre, Sidoine Pierrel invoqua une tempête qui aurait frappé la région dans laquelle il résidait. Non seulement c’était faux – les archives météorologiques du Mexique en attestent – mais c’était surtout un mensonge particulièrement idiot car une petite recherche m’a permis de découvrir que s’il y avait effectivement un problème de réseau électrique et téléphonique dans la région, il est surtout le résultat d’un bras de fer entre opérateurs, autorités locales et autorités nationales. Ce détail – qui doit vous paraître totalement anecdotique – me conforte dans l’idée que Sidoine Pierrel n’est peut-être pas où il dit être.

Ce qui renforçait également l’idée que Chloé opérait une gestion de fait de l’entreprise était un email – qui se voulait rassurant initialement – disant « J'ai enfin toutes les infos pour générer vos fiches de paie complètes. ». Sentiment amplifié par le fait qu’il avait été convenu que je lui décroche des missions en développements Web afin de faire fructifier la trésorerie de la société. En plus de mon poste de chargée de mission R&D, j’allais donc régulièrement à la pêche aux missions courtes, pour le compte d’Atasta Net SAS, mission qui ne se finalisait d’ailleurs que très rarement.

Sur ces premiers temps, même s’il y avait des éléments qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille, dans la mesure où j’étais prévenue que l’organisation était foutraque et que c’était une jeune société, je n’étais pas surprise outre-mesure. .

 

*La suite demain*

 

*L’identité réelle de certains protagonistes n’apparaîtra pas.  

** Maniaquerie de ma part : chaque vendredi, j’envoie à mon supérieur un récapitulatif de mes actions de la semaine.

Fichier attaché: 

Commentaires

Bonjour, 

non je n'ai pas l'intention de refaire une cagnotte : j'ai déjà trouvé cela suffisamment dérangeant que des personnes privées (merci à elles d'ailleurs) aient pris le relai des différentes institutions. 

Effectivement, ta réaction est légitime : mais il faut savoir que j'ai découvert un certain nombre de choses petit à petit, mois après mois. Evidemment que si j'avais su dès octobre que je n'aurai jamais mes bulletins de salaire car les charges sociales et patronales n'avaient pas été payées, je me serai sauvée en courant. 

Sauf que tout cela, je ne l'ai découvert qu'à partir du mois de mars 2015 et qu'avec le recul, s'il n'y avait pas eu un bon copain qui avait fait intermédiaire dans le recrutement, j'aurais été beaucoup plus méfiante. Mais la seule vérification que j'ai fait au préalable, ça a été sur Infogreffe et ayant vu que l'entreprise existait bien, je n'avais pas spécialement de raison de me méfier. 

Enfin, petite précision qui a son importance, je suis publiciste, peut-être qu'un(e) juriste de droit privé aurait eu le nez plus creux que moi.  

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