Travail nocturne et dominical : parfum et bricolage

La mésaventure vécue par le Sephora des Champs-Elysées ainsi que trois magasins de bricolage a passionné les foules et ravivé un vieux débat : pour ou contre le travail dominical ?

Avant d’entrer dans ce sujet trollesque, il convient de poser quelques bases et de rappeler certains éléments. Concernant le Sephora des Champs-Elysées, la fermeture après 21h30 est le fruit d’un recours déposé par un syndicat, qui estimait que Sephora ne respectait pas la législation en vigueur, à savoir que le travail nocturne – hors cas des restaurants, hôtels, clubs – devait être exceptionnel et justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique. Le Tribunal de Paris avait rejeté la demande des syndicats, qui ont fait appel et qui ont gagné, au grand dam des salariés. Le Sephora des Champs-Elysées, comme le défunt Virgin, Monoprix et d’autres enseignes de cette rue, ont la particularité de rester ouverts très tard, jusqu’aux alentours de minuit. Mais qui peut acheter du parfum à 23h se demande-t-on ? Beaucoup de touristes, certes mais également des Parisiens. Quand je travaillais la nuit dans les clubs de ce secteur, je voyais beaucoup de gens qui arrivaient – notamment pour des anniversaires – avec des sacs cadeaux de chez Sephora, qu’ils avaient acheté en catastrophe. Mes collègues y faisaient un saut avant d’arriver pour se faire maquiller, racheter du parfum ou des accessoires. Ma préférence allait plutôt sur le Monoprix pour m’approvisionner en collants que j’avais filé en venant travailler. Anecdotes diverses et variées.

Le cas de Sephora est intéressant car il est en train de virer à la bataille syndicale entre salariés – apparemment affiliés à l’UNI – et les autres syndicats et concerne toutes les enseignes de l’avenue.

En parallèle, Bricorama, Castorama et Leroy-Merlin ont également subi un revers puisqu’il leur a été signifié qu’ils devaient fermer le dimanche. A l’origine, seule l’enseigne Bricorama était concernée, suite à une plainte déposée par les syndicats, qui a été favorablement reçu par le tribunal. Histoire de mettre tout le monde sur un pied d’égalité, le PDG de Bricorama a, à son tour, déposé un recours pour faire fermer Castorama et Leroy-Merlin le dimanche.   

Que retenir de ces deux histoires ?

Les syndicats ne semblent plus être en phase avec les salariés

Dans le cas de Séphora, le syndicat s’est contenté de faire appliquer la loi, au détriment des salariés, qui ne sont pas favorables à la décision rendue par la Cour d’Appel. Sans aller jusqu’à dire que le syndicat aurait dû fermer les yeux sur une violation de la loi, il aurait peut-être dû mesurer les effets du recours avant d’enclencher une action, qui risque d’être dommageable pour les salariés.

Dans le cas de Bricorama, le recours à un tribunal est le résultat d’un échec des négociations entre l’enseigne et le syndicat Force Ouvrière, en 2012. Sauf que le dépôt de ce recours n’a pas enchanté les salariés du magasin, qui ont manifesté devant le siège du syndicat en novembre 2012.

Dans les deux cas, on a l’impression que les syndicats et les salariés ne jouent pas la même partition ni ne poursuivent les mêmes buts, ce qui pose la question de l’effectivité de la représentation syndicale au sein des entreprises.  

Le tribunal comme arme

A titre personnel, je ne trouve absolument pas saine la démarche des syndicats et du PDG de Bricorama, qui se sont tournés vers la justice pour régler une guerre de négociations et écraser la concurrence. Lorsque Bricorama attaque Leroy-Merlin et Castorama, ce n’est pas dans un but altruiste, c’est pour nuire aux deux autres enseignes concurrentes de la sienne. Je trouve le procédé minable et la posture de victime du PDG de Bricorama déplacée.

Les salariés sont sur le carreau

Que ce soit dans l’affaire Sephora ou celle des magasins de bricolage, les salariés sont lésés.  Ils avaient fait le choix de travailler sur des périodes décalées, notamment pour des raisons économiques mais aussi des facilités de planning. Une bonne part du personnel de Sephora le soir est constituée d’étudiants, qui ont des emplois du temps variables, sur lesquels ils n’ont aucune maîtrise. Je trouve dommage de les priver d’une facilité. Pour les enseignes de bricolage, plusieurs salariés ont souligné le fait qu’ils gagnaient plus en travaillant le dimanche et que cela les aidait grandement. S’il est vrai que ça ne résout aucunement le problème de fond – à savoir la paupérisation de la masse – cela avait au moins l’avantage de permettre à une part non négligeable de la population de mettre du beurre dans les épinards voire d’acheter les dits épinards.

Une législation peu adaptée

Les tribunaux se sont contentés d’appliquer la loi. A l’heure actuelle, elle est peut-être mal faite. Alléger le code du travail, le rationnaliser et laisser une plus grande flexibilité aux personnes sera surement un grand défi pour le prochain Ministre du Travail. Mais à partir du moment où la loi devient un instrument de règlement de compte, c’est qu’elle est peut-être mal faite.

Le repos dominical : une connotation religieuse

Il ne faut pas oublier qu’à la base, dans le monde occidental, le repos dominical a été imposé pour permettre aux gens de se rendre à l’église le dimanche. On est bien loin des considérations sociales actuelles. Je trouve d’ailleurs assez ironique que les syndicats – historiquement anticléricaux – se fassent les défenseurs du repos dominical. Pourtant, il existe quelque chose qui fonctionne le dimanche, sans que cela ne choque personne : le marché. Exemple typique et très français de quelque chose qui fonctionne à plein régime le dimanche sans que cela ne bouleverse qui que ce soit. Le jour de repos des commerçants de marché est simplement décalé au lundi. Autre exemple : les cinémas, les restaurants, les petites épiceries de quartier et les pharmacies. Combien sommes-nous à être contents de trouver une pharmacie de garde parce que le petit dernier a mal aux dents, parce qu’on n’a plus d’aspirine ou qu’il nous faut en urgence une pilule contraceptive ? Je ne parle même pas des bureaux de tabacs, tous les accros à la nicotine connaissent le sketch de trouver un tabac ouvert le dimanche.

C’est sûr que le bricolage et la parfumerie ne sont pas des choses essentielles mais cela représente une facilité pour les personnes.

Lorsque j’étais étudiante, je travaillais en horaires totalement décalés : nuit et week-end, dimanche inclus. Payée plus, avec un emploi du temps assez flexible, j’étais très contente de cette facilité et dans la mesure où je n’ai jamais été très famille, travailler le dimanche était pour moi un avantage.

Je comprends et je respecte le choix des personnes qui ne veulent pas travailler le dimanche et le soir mais on devrait aussi respecter le choix des personnes qui veulent travailler le soir et le dimanche. Après tout, beaucoup d’admin-sys et de développeurs travaillent en horaires décalés, tout comme certains  cadres qui travaillent de chez eux à des heures peu communes, tout comme les déménageurs, les avocats, les médecins etc. Sans aller jusqu’à dire que tout le monde devrait travailler tout le temps, nous devons simplement laisser le choix aux gens.

Dans l’idéal, personne ne devrait être obligé de travailler et personne ne devrait avoir besoin d’argent pour vivre décemment. Malheureusement, nous ne vivons pas dans un monde idéal et nous devons tous faire des concessions. 

Commentaires

A quand le travail des services publics, des banques, des postes...? Pourquoi pas donc généraliser le travail de nuit et le dimanche POUR TOUS du coup? TOUTES les entreprises, TOUS els serbices, TOUT LE MONDE en somme. Finalement ce serait pas ça le débat du coup? C'est à dire meme les gentils salariés qui veulent profiter de l'ouverture d'ikea le dimanche POURQUOI eux memes ne travailleraient ils pas le imanche tiens hein ? :)

Perso, je l'ai fait et je le fais encore. Le nombre de fois où j'ai travaillé le dimanche quand j'étais à l'Hadopi, j'ai arrêté de les compter mais on confond souvent ouverture au public et travail effectif quand on parle des administrations. 

Dans les consulats et les ambassades, il y a du personnel le dimanche. 

Il y a énormément de gens qui travaillent le dimanche : les taxis, les chauffeurs RATP/SNCF, les urgentistes, les pompistes, les gens au péage, le personnel d'aéroport, etc. Ce fait-divers socio-judiciaire n'est qu'une instrumentalisation de plus. Dans les faits, beaucoup de gens travaillent déjà le dimanche. 

Les patrons veulent ouvrir le dimanche, les salariés veulent travailler le dimanche, les clients "veulent" acheter le dimche, donc pourquoi fermer le dimanche ??

De plus l'ouverture le dimanche crée des emplois, donc reduit le chomage. Ces nouveaux emplois sont soumis aux charges salariales et patronales qui rapporte de l'argent à l'Etat.

CQFD

Oui c'est sais que c'est la loi. Mon message étant plus des questions réthorique pour dire qu'il faudrait la changer, mais en attendant comme tout le monde est d'accord (et que en plus ça sera bénéfique pour le chomage et de facto pour l'Etat), on pourrait la metre de coté.

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