La fin d’une longue histoire

Je fume depuis mes quatorze ans. J’en ai aujourd’hui 29. Ma première cigarette, j’ai tiré dessus à l’âge de douze ans avec une copine et j’ai détesté ça. Deux ans plus tard, j’ai commencé à fumer de façon vaguement régulièrement pour passer à un paquet de sèches par jour à l’âge de quinze ans. Autant dire que la cigarette et moi, c’est une très longue histoire.

Ai-je pensé à arrêter ? Oui. J’ai même essayé de commencer par diminuer. J’ai tenu 3 jours, accompagnée par des maux de têtes fulgurants. Et puis il y a un déclencheur.

« Vos analyses ne sont pas bonnes. On doit faire des tests approfondis pour savoir ce qu’il en est réellement.» Coup de massue. Tournée des médecins. Attente des résultats. Possible opération selon les derniers résultats. Je ne suis pas naïve. Je savais que ça pouvait arriver. Mais comme tout le monde, je me figurais que j’allais passer entre les mailles du filet. Pas de bol. Objectivement et scientifiquement parlant, rien de bien grave mais suffisamment violent pour que ça fasse réfléchir.

Il faut arrêter. Pour plein de raisons :

  • 7€/jour, ça fait du 210€ minimum/mois soit 2520€/an minimum. Le prix de belles vacances ;
  • Cette acné autour de la bouche et du menton dont j’ai du mal à me débarrasser ;
  • Mes doigts et mes ongles dont ceux qui me connaissent en vrai, savent que je les entretiens avec amour et donc je n’ai pas envie qu’ils changent de couleur avec les années ;
  • Mes dents, qui ne sont déjà pas jolies ni saines, qui commencent à prendre cher ;
  • Mon cœur qui a toujours fait des siennes ;
  • Mes poumons ;
  • Ma gorge, qui en plus d’être l’objet d’assauts toxiques, est mise à rude épreuve à force d’être confrontée au froid hivernal ;
  • Mes vêtements qui sentent mauvais ;
  • Mes cheveux ;
  • Etc.

Bref, pleins de raisons objectivement et subjectives. Mais comment arrêter ? J’ai déjà essayé tous ces trucs types Nicorette et j’ai trouvé ça dégueulasse. Faisant partie des rares personnes qui détestent le chewing-gum, je ne me voyais pas mâchouiller toute la journée. Et au secours mes dents ! Les médicaments type Zyban ? Quand j’en ai parlé à mon généraliste, il a fermement marqué son opposition. S'il m’en prescrivait, il devrait me mettre sous Prozac directement. Par ailleurs, les médicaments de ce type semblent faire plus de mal que de bien. Arrêter purement et simplement du jour au lendemain ? Déconseillé et dangereux moralement, physiquement et socialement. Moralement car on casse un lien, physiquement car la cigarette rend dépendant et l’addiction entraîne non seulement des troubles du comportement en cas de sevrage brutal mais aussi des perturbations physiques. Ce n’est pas pour rien qu’on ne sèvre pas brutalement les toxicomanes. Socialement car les changements de comportement intempestifs peuvent rendre fous même les gens qui vous adorent.

Un soir après le boulot, je rejoins un ami et surprise ! Il s’est mis à la cigarette électronique. Il me fait goûter. Ca ressemble presque à la chicha. Pas désagréable. Il m’en parle, m’explique comment ça se passe pour lui et me dit qu’objectivement, il fume moins. Je suis presque convaincue.

Je passe le week-end suivant à lire toutes les études scientifiques qui ont été faites.

Quelques jours plus tard, j’appelle un autre copain, gros fumeur, lui aussi passé à la cigarette électronique et je le bombarde de questions. Il me donne toutes les indications dont j’ai besoin. Je vais à la boutique dont il m’a parlé hier et j’achète mon petit matériel.

A 19h, j’avais abandonné ma cigarette pour une cigarette électronique. Cela ne fait donc pas tout à fait 24h. J’ai pris un liquide moins fort que mes cigarettes habituelles, dosage à 11mg/ml. Je n’ai pas de sensations de manque. Je n’ai pas de maux de tête. On peut fumer des « vraies » cigarettes à côté de moi sans que cela ne me gêne. Le goût que j’ai en bouche n’est plus du tout le même.

Mon idée est de diminuer progressivement le dosage de nicotine. Par sécurité, j’ai également pris un flacon de liquide un peu plus chargé en nicotine, 18mg/ml. Pour le moment, avec du 11mg/ml, ça a l’air d’aller.

Je n’ai pas jeté mes cigarettes. Elles sont quelque part dans mon bureau. Un peu par lâcheté au cas où je craque. J’ai nettoyé et rangé mon cendrier.

Je ne me suis pas encore jeté sur la bouffe. On m’a prévenu que le fait de récupérer mon odorat et mon goût risquait de provoquer des fringales. Là aussi, un peu par lâcheté, j’ai acheté quelques bonbons. J’en ai picoré quelques-uns hier soir.   

J’espère tenir. 

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