Une histoire de générations

Souvenez-vous : il y a 12 ans, La Quadrature Du Net (LQDN pour les intimes) partait à l’assaut de la législation anti-Internet. Les 5 gus dans leur garage – ainsi aimablement surnommé par un politique – se faisaient connaître du grand public grâce à son combat contre HADOPI, ACTA, puis LOPPSI, etc.

Le point de vue était résolument technique : on ne peut pas incriminer une technologie pour l’usage dont vont en faire les personnes. Dans le cas de la loi HADOPI, il s’agissait évidemment du peer to peer, technologie aussi vieille qu’Internet lui-même (ou Richard Stallman). Si récrimination il doit y avoir, c’est sur les usages dont peuvent faire les individus des dites technologies.

En ce sens, LQDN a toujours combattu ce qui ressemblait de près ou de loin à un système de surveillance, que ce soit par les entités privées ou publiques. Le point de vue restait uniquement technique et scientifique. Il était le postulat de départ pour répondre à une question : l’utilisation de la technologie dont il est question, est-elle attentatoire aux libertés fondamentales ?

Le nouveau cheval de bataille de l’association est la 5G. On renverra le lecteur vers Saint-Wikipedia pour une explication de cette technologie, ainsi que vers l’ARCEP

Elle est aussi l’enjeu d’une bataille entre industriels et depuis quelque temps, le nouvel épouvantail à moineaux des conspirationnistes en tout genre.

Pourquoi LQDN cristallise-t-elle les critiques autour de ses prises de position concernant la 5G ?  Aussi superficiel que cela puisse paraître : parce qu’elle a décidé de « s’associer » aux conspirationnistes. On peut pardonner à une jeune association, tout juste sortie de son œuf, d’aller à un colloque ou une réunion publique avec des gens pas toujours « fréquentables ». Elle n’a pas les connaissances politiques nécessaires, a besoin de visibilité, doit toucher du monde, etc.

Sauf que LQDN n’est pas un poussin tout juste sorti de son œuf. Il s’agit d’une association, qui œuvre depuis une dizaine d’années contre la surveillance. La politique est un univers terriblement cruel et le public vous associe aux gens que vous fréquentez. Donc, si vous allez à une réunion d’illuminés, vous passerez pour un illuminé. C’est réducteur, mais c’est la règle du jeu. Et cela vaut également lorsque vous acceptez le micro d’un « média » conspirationniste. Bien que ça soit très à la mode, toutes les opinions ne se valent pas.

En matière scientifique, pour rester crédible, il faut raisonner en scientifique, avec des arguments dépassionnés et rationnels. Les envolées lyriques, les attaques personnelles, les déclamations incantatoires vides de sens ont peut-être leur place quelque part, mais pas dans un débat scientifique. Et encore moins en politique.

On peut être passionné par un sujet ou par une cause, c’est même souhaitable. Mais si on ne se sert que du registre émotionnel pour le défendre ou l’attaquer, on n’est pas audible. La politique souffre des énervés en prise avec une forme de pureté idéologique, qui ne laisse pas la place à la réflexion. Plus un sujet est complexe, plus il a besoin d’être expliqué de manière froide. Cela vaut pour les thématiques scientifiques, financières, budgétaires, sécuritaires. Se contenter d’un « c’est pas bien parce que c’est pas bien » n’est pas suffisant pour convaincre.

On mettra cette différence d’approche sur une question de génération.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.