Les femmes, le porno et notre hypocrisie

On aurait pu penser que dans nos sociétés théoriquement civilisées, éclairées, bienveillantes, les choix de vie d’une personne – qu’il s’agisse de choix professionnel ou personnel – ne soient pas constamment soumis au jugement d’autrui ni même que la personne soit constamment réduite à ce qu’elle aurait pu faire. En un sens, nos ancêtres, qui n’avaient ni Internet ni le téléphone, avaient plus de liberté car ils pouvaient se construire ou se reconstruire une vie ou une image ou une réputation à l’autre bout de la planète, sans que personne n’en sache rien.

Non seulement, nous rabaissons les personnes à leurs choix, en jetant une forme d’opprobre extrêmement hypocrite mais nous les limitons à cela. Dans le cas des femmes qui choisissent de faire du porno, c’est comme une marque indélébile.  

Peu importe qu’elles aiment lire, qu’elles écrivent, qu’elles soient spirituelles, drôles, qu’elles aient le nez creux pour les affaires, elles ne sont réduites qu’à une image. Pour beaucoup, une femme qui a fait du porno n’est pas un être humain doué de raison, avec des sentiments, une intelligence mais – et pardon pour la vulgarité du propos – à un simple sac à foutre.

Si on prend l’exemple récent de Clara Morgane, qui a arrêté le porno depuis des années, qui est une femme d’affaires accomplie et qui a récemment annoncé sa grossesse, on ne peut être que stupéfait(e) devant les horreurs qui ont été dites à son sujet. Rocco Siffredi qui père de plusieurs enfants ne s’est jamais vu remettre en cause sur son rôle de père. Ce n’est pas parce qu’on a fait du porno que l’on sera un mauvais parent. A titre personnel, j’aurai même tendance à penser le contraire. Quand on a pu être confronté(e) à certaines perversions et déviances, on peut mieux préparer son enfant à affronter le monde réel, on peut mieux l’armer et ce, sans forcément entrer dans des détails scabreux.

De la même façon, aucune femme n’a encore tendu de traquenard à un acteur porno hétérosexuel pour le violer, le passer à tabac et le séquestrer. C’est pourtant ce qui est arrivé il y a quelque temp à une actrice russe dont le nom m’échappe et qui – pour s’enfuir – a sauté par la fenêtre. En plus des contusions et traumatismes physiques et mentaux subis durant les agressions en elles-mêmes, elle s’est cassé le bassin.

Il y a quelques jours, l’actrice Nikita Bellucci demandait au community manager d’une compagnie aérienne des informations concernant un vol qui venait de subir quatre annulations consécutives. La personne gérant le compte lui a répondu d’un ton badin. Toute la question est là : aurait-il dit à une personne anonyme « C'est juste qu'avec vous on préfère quand ça dure». C’était maladroit et la personne s’en d’ailleurs est excusée.

Ce sont des petits riens, du bruit sur des réseaux sociaux, généré par des gens sans intérêt. Mais tous ces petits riens sont révélateurs d’une hypocrisie extraordinaire. Nous sommes tous consommateurs de pornographie. S’il est évident qu’on ne va pas disserter sur ce sujet sur son lieu de travail ou lors du déjeuner dominical avec belle-maman, rien ne sert de se draper dans une pseudo-vertu à laquelle personne de sensé ne croira trente secondes.

Non seulement nous sommes tous consommateurs de pornographie mais nous utilisons la pornographie de façon presque quotidienne voire nous encourageons nos enfants à adopter certains codes de cet univers.

Vous en doutez ? Regardez vos magazines féminins. Regardez vos séries télévisées. Regardez les publicités. Regardez vos stratégies marketing. Regardez la mode des petites filles et des adolescentes ainsi que leurs idoles. Regardez les standards de beauté des hommes et des femmes. Regardez les pratiques sexuelles.

Et ce sont ces mêmes personnes, consommatrices de pornographie, qui jettent l’opprobre sur des femmes, qui ont le choix d’en faire. Curieux raisonnement. Pourtant, on ne regarde pas de travers celui qui vend de l’alcool alors qu’il favorise une addiction. On ne regarde pas de travers le buraliste alors qu’il encourage une pratique médicalement dangereuse. Je ne m’arrêterai pas sur les fast-foods, la télé-réalité, les agences immobilières ou sur les banques. Dans l’ensemble, nous semblons avoir une tolérance morale très élevée envers certaines personnes exerçant certains métiers alors qu’envers d’autres, nous nous parons de beaux habits de respectabilité. A titre de comparaison, les salariés et fondateurs de Hacking Team, qui ont potentiellement du sang sur les mains, n’ont pas reçu, ne serait-ce que 10% des insultes subies quotidiennement par certaines personnalités de l’industrie pornographique.

Peut-être que ce qui gêne réellement certaines personnes avec les femmes qui font du porno, c’est leur liberté et le fait qu’elles les renvoient à leur frustration, leur hypocrisie et leur mal-être.

Quant à celles et ceux qui s’imaginent avoir un droit de regard sur les femmes qui font des porno, en toute amitié : trouvez-vous un bon psy.

Commentaires

Bonjour,

Je suis globalement d'accord avec vous et je vous remercie de votre article.

Pourtant, on ne regarde pas de travers celui qui vend de l’alcool alors qu’il favorise une addiction.

Moi qui ai travaillé en tant que "contrat étudiant" dans une grande surface, au rayon "liquides" et plus particulièrement aux "alcools forts", "vins" et "bières", je peux vous assurer du contraire. Que de réflexions j'ai entendues! Elles ne m'ont jamais touché pour deux raisons :

  1. contrat étudiant : je travaillais pour l'argent et je savais que c'était temporaire ; j'avais un autre but (atteint depuis!).
  2. je déteste le goût de l'alcool. Je ne bois jamais d'alcool. Pas par conviction ni par religion, juste par dégoût. J'ai essayé plusieurs fois et j'ai trouvé cela vraiment dégueux.

On ne regarde pas de travers le buraliste alors qu’il encourage une pratique médicalement dangereuse. Je ne m’arrêterai pas sur les fast-foods, la télé-réalité, les agences immobilières ou sur les banques. Dans l’ensemble, nous semblons avoir une tolérance morale très élevée envers certaines personnes exerçant certains métiers alors qu’envers d’autres, nous nous parons de beaux habits de respectabilité.

Là encore, je ne suis pas du même avis. Qui n'a jamais entendu parler du "ministre mais surtout ex-banquier d'affaires méchant-pas-bo-forcément-pour-les-patrons Macron"? Personnellement, si je rencontrai un buraliste, je lui demanderai si cela ne le gêne pas qu'il "vende de la mort en paquet" (un truc du genre). Sur les fast-food : celles et ceux qui y travaillent sont souvent moqués pour leur forcément faible intelligence. Les agents immobiliers sont tous des escrocs, c'est bien connu, comme d'ailleurs les "banquiers" (ce qui regroupe un grand nombre de métiers différents!). Dois-je aborder "les fonctionnaires"? ;-)

 

En résumé, AMHA :

  • on ramène toujours une personne à son travail ou sa fonction, passée ou présente. On considère que cela fait partie de son identité. On lui rappelle constamment.
  • tous les métiers et tous les corps de métiers sont touchés par des poncifs.
  • c'est plus violent sur certains métiers que sur d'autres.

Bonne journée.

 

Bonjour, 

je ne dis pas que les professionnels que j'ai mis en avant à titre de comparaison ne sont pas exempts de réflexions désagréables mais on ne les traite pas du tout de la même manière et on ne les ramène pas systématiquement à cela. 

Une femme qui fait du porno, on remet constamment tout ce qu'elle fait en cause. Je n'ai jamais assisté à un tel déchaînement envers les agents immobiliers. 

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