Le problème d’Uber

Depuis son arrivée sur le marché français, le cas de la société Uber et des VTC en général est problématique, non seulement pour les politiques mais aussi pour les entreprises françaises.

 

J’utilise les services de la société Uber depuis environ trois ans – même si mon usage a fortement diminué ces derniers mois pour les raisons que vous savez – et parfois, ceux d’une autre société de VTC. Comme beaucoup de clients, je discute avec les chauffeurs et tous m’ont raconté leurs parcours personnels. Beaucoup sont issus de quartiers difficiles, j’ai même été prise en charge par d’anciens voisins. Certains avaient une formation, d’autres non mais 95% des chauffeurs que j’ai interrogé, m’ont dit qu’ils étaient dans une impasse professionnelle et/ou financière. L’un d’entre eux était plombier de formation et travaillait dans une société de chauffagiste. Malheureusement, son employeur l’avait licencié du jour au lendemain et il n’arrivait pas à retrouver un emploi, malgré sa formation. Un autre avait un diplôme dans le secteur de la vente et survivait péniblement avec le SMIC. Un autre encore avait fait quelques allers-retours en prison et du fait de ces erreurs de jeunesse, n’arrivait pas s’insérer sur le marché du travail. Il y a également la cohorte habituelle des chauffeurs qui sortent de l’université avec Bac+5, dans des domaines où  théoriquement on recrute, mais qui « curieusement », ne trouvaient pas d’emplois. Et je garde un souvenir merveilleux de ce chauffeur, originaire d’Iran, qui m’a parlé de Téhéran d’avant la révolution.

 

Et un beau jour, la société Uber est arrivée et leur a proposé une activité rémunérée. Certes, avec un montage fiscal et social discutable mais une activité rémunérée, légale et qui leur a (re)donné leur dignité. L’un des chauffeurs m’a dit que depuis qu’Uber était arrivé sur le marché français, sa cité s’était apaisée : presque plus personne ne traîne en bas des tours dans son quartier, les trafics ont diminué, les enfants ressortent jouer dehors et les mamans s’inquiètent moins. Les chauffeurs arrivent à faire des projets d’avenir, notamment de quitter la cité, de développer leurs propres clientèles ou de faire une formation diplômante. En bref, de vrais projets d’avenir. Tous m’ont dit qu’ils appréciaient la liberté qu’ils avaient de choisir leurs horaires, de pouvoir travailler autant qu’ils le voulaient et combien il était libérateur de pouvoir gagner sa vie décemment et honnêtement. L’un des chauffeurs m’a dit que rien que le fait de devoir se mettre en costume, de se raser, d’être propre, dans une voiture impeccable, le faisait se sentir mieux.

 

Uber a permis à un grand nombre de personnes de se sortir du schéma infernal de la précarité et de la délinquance, non seulement en répondant aux besoins immédiats mais aussi en leur permettant de se projeter dans l’avenir car la plupart ne voient Uber que comme une étape dans leur vie. Ceux qui souhaitent continuer à être chauffeur, envisagent de changer d’entreprise pour devenir salarié – Uber leur permettant d’avoir une expérience et des recommandations – ou totalement indépendant, par le développement de leurs propres clientèles.

 

Peut-être que les raisons de l’ire de nos amis les politiques n’est pas à chercher dans les différents montages fiscaux, sociaux et légaux de l’entreprise Uber et des sociétés de VTC en général mais bien parce qu’ils ont réussi à faire en trois ans ce qu’eux n’ont jamais réussi à faire en 40 ans. Dans les quartiers difficiles, l’Etat ne sait faire que du contrat aidé, des aides sociales, des terrains de foot et éventuellement des passerelles pour des grandes écoles mais toujours en faisant en sorte que les gens soient marqués du sceau de banlieusard. Quelle alternative l’Etat a-t-il à proposer à ces personnes ? Uber a apporté une forme de paix sociale dans les cités et rien que pour ça, on doit les remercier.  

 

Depuis 40 ans, les dirigeants politiques n’ont vu les quartiers difficiles que sous deux prismes :

  • La délinquance ;
  • La victimisation.

 

Mais qui a dit aux habitants de ces quartiers « vous pouvez vous prendre en main et on va vous donner les moyens de le faire » et qui l’a fait ?

 

Enfin, même si elles sont moins nombreuses, les femmes ont aussi leur place. J’ai une copine qui travaille sur des salons et toutes les personnes qui font de l’évènementiel savent à quel point ce type de métier est imprévisible niveau emploi du temps. Vous pouvez travailler dix jours d’affilé sur un salon et ne rien faire pendant un mois. Son activité de chauffeur VTC qu’elle exerce de façon complémentaire, lui permet d’avoir des revenus décents, de prendre toutes les missions qui l’intéressent ou non, en bref, d’être indépendante et de ne pas subir un emploi précaire.

 

En ce qui me concerne, Uber a toute sa place en France et plutôt que de freiner le développement des activités de VTC, les dirigeants politiques devraient réfléchir à une façon d’adapter intelligemment le cadre social, fiscal et légal de ce type de structures.   

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.