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American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace

Si la première saison consacrée à O.J. Simpson était excellente, la deuxième saison d’American Crime Story, revenant sur le meurtre de Gianni Versace est au mieux moyenne.

Le scénario d’American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace

Le premier épisode s’ouvre sur le dernier matin de Versace. Il prend son petit-déjeuner, sort de sa villa à Miami, va s’acheter des magazines et en revenant chez lui, il se fait tirer dessus. Il s’effondre sur les marches de sa maison et décède quelques heures plus tard à l’hôpital.

Tous les services de police cherchent son assassin, qui est Andrew Cunanan. Plus que la vie de Versace, la série s’intéresse à ce mythomane tueur, qui finira par se suicider quelques jours plus tard.

Suivant une chronologie très désorganisée, on essaie de suivre le parcours meurtrier d’Andrew Cunanan et de comprendre comment il en est arrivé à tuer Versace.

Un problème de sources

Si la première saison consacrée à O.J. Simpson était aussi bien réussie, c’est parce qu’elle était très bien documentée. Et pour cause : tous les protagonistes, à l’exception du juge, ont écrit un livre. Le procès a été filmé et diffusé en direct.

Il n’y a pas cela dans l’assassinat de Versace. Andrew Cunanan s’est suicidé dès que la police a commencé à arriver dans sa planque. Donatella Versace ne vivait pas avec son frère et n’a donc pas pu apporter d’éclairage particulier. Par ailleurs, elle n’a pas souhaité participer au scénario.

Quant à Antonio d’Amico, le compagnon de Versace, il n’a pas non plus été associé au scénario. Notons enfin que contrairement à la première saison, il est indiqué que certaines scènes ont été inventées pour renforcer l’effet dramatique.

Andrew Cunanan, cette énigme

Plus que le meurtre de Versace, la série aurait dû s’appeler le mystère Cunanan et ne traiter Versace qu’en pointillés. Ce drôle de zig était un parfait mythomane. Il grandit dans une certaine opulence, grâce à son père, qui était dans la finance.

Mais, ce dernier a détourné des fonds et pour éviter une arrestation, s’enfuit aux Philippines, dont il est originaire, laissant sa femme et son fils sans un sou vaillant. La bascule semble se faire à ce moment-là. Persuadé d’avoir un destin hors du commun, Andrew commence à mentir à tout le monde. À chaque personne rencontrée, il raconte une autre histoire.

Grâce à son talent social, il devient gigolo, pour un homme plus âgé et fortuné. Mais, il croise le chemin d’un autre jeune homme, dont il s’éprend. Son gigolo le met à la porte et il commence une cavale meurtrière, qui le mène jusqu’à Versace.

Une motivation inconnue et un fiasco policier

Dans la série, on ne sait pas pourquoi Cunanan s’en prend à Versace, qu’il dit avoir rencontré plusieurs années auparavant. Dans la réalité, personne ne parait être en mesure de prouver cela et on ne sait pas pourquoi il l’a tué.

Beaucoup de rumeurs ont circulé à l’époque, évoquant une volonté de vengeance de Cunanan : il aurait été séropositif et voulait tuer des homosexuels pour cela. Son autopsie a pourtant démontré qu’il était séronégatif.

Mais, le plus étrange dans cette histoire est le fiasco policier. Andrew Cunanan était déjà recherché par le FBI quand il a commis ses précédents meurtres, qui avaient eu lieu dans d’autres états. La police de Miami n’a pas accordé l’attention nécessaire à ce fugitif, qui était sous leur nez.

C’est finalement un gardien de maisons flottantes qui va permettre aux policiers de le débusquer, ayant été attiré par le bruit dans une maison, qui devait normalement être vide.

Le verdict

On l’a dit, la série souffre d’un problème de documentation et lorsque le personnage principal, qui n’est pas Versace, est un mythomane avéré, les sources doivent être nombreuses pour arriver à dresser un portrait vaguement fidèle.

Le deuxième problème est la chronologie. S’il est assez normal d’ouvrir avec le dernier meurtre, les différentes périodes de la vie de Cunanan sont intercalées avec le « présent ». Là encore, comme il s’agit d’un mythomane, il est parfois difficile de comprendre ce que l’on regarde.

Enfin, le troisième problème réside tout simplement dans le titre et la place donnée à Versace. Le créateur était le dernier meurtre et dans la mesure où il n’était pas du tout un contact régulier de Cunanan, il n’était pas forcément utile de lui donner une si grande place ni de laisser penser qu’il était séropositif.

Des trois saisons d’American Crime Story, c’est Assassination of Gianni Versace qui est le pire, en dépit de l’excellente interprétation de Darren Criss, qui joue avec brio le rôle d’Andrew Cunanan. American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace est disponible sur Disney+.