La servante écarlate
Adaptée du désormais très célèbre roman de Margaret Atwood, la série la servante écarlate se veut être une série dystopique. Mais, si la hype du moment a bien été utile pour faire parler d’elle, la série révèle un manque d’écriture assez manifeste.
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Le scénario de la servante écarlate
Dans une Amérique qui s’est effondrée et a été partiellement remplacée par Gilead, Defred (Offred en version originale) est une servante chez les Waterford. Dans ce monde, le taux de fertilité est tombé dangereusement bas, au point que chaque naissance est une célébration.
La société est organisée en caste : les commandants et leurs épouses au-dessus, les tantes qui surveillent les servantes, les servantes qui sont des ventres pour les commandants, les Marthas et les éconofemmes et éconohommes, qui font tourner la société, sans oublier les Yeux, qui font office d’organe de surveillance. Chaque personne est identifiée par sa couleur de vêtement.
Defred, qui était June Osborne avant d’être capturée, a été reléguée au rang de servante, en raison de sa fertilité. Chaque mois, elle est violée par le commandant Fred Waterford. La série la suit depuis sa captivité jusqu’à la chute de Gilead.
Un succès porté par l’actualité
Si la servante écarlate a si bien fonctionné au départ, c’est grâce à une convergence d’actualité. En premier lieu, Donald Trump venait d’entamer son premier mandat à la Maison-Blanche et les conservateurs qui gravitaient autour de lui, avaient pour projet de supprimer le droit à l’avortement et si possible, de virer les femmes des postes de pouvoir.
L’autre phénomène a été #MeeToo, la libération de la parole des victimes de violences sexuelles ou plutôt, l’écoute des victimes de violences sexuelles. Elles n’ont jamais cessé de parler, simplement, on s’est enfin mis à les écouter.
Dès lors, une série qui se déroulait dans une Amérique fasciste, qui démolissait les femmes et organisant des viols ne pouvait que fonctionner. Néanmoins, si la première saison pouvait vaguement être cohérente, le reste n’a pas du tout suivi.
Un gros écart avec le roman
Le roman a été écrit dans les années 80. Il montre une société de surveillance, mais surtout, une société raciste. En effet, le projet des Fils de Jacob est bien d’avoir une Amérique blanche. Or, les scénaristes ont voulu être inclusifs et ont gommé cet aspect, qui fait que l’histoire ne tient pas la route.
En effet, lorsque le taux de natalité est bas dans un pays, une des solutions est d’ouvrir les vannes de l’immigration. C’est d’autant plus flagrant que Gilead est mise au banc de la scène internationale et cherche à attirer des gens pour venir s’installer. Il est très dommage d’avoir supprimé ce point.
L’autre gros problème est celui du personnage principal. Le roman est un huis clos. Defred ne s’étend pas sur l’organisation de la société et pour cause : elle va faire les courses, elle suit les cérémonies obligatoires des servantes sous le joug de Tante Lydia et subit les viols de Fred. Dans la série, le point de vue n’est pas uniquement celui de Defred et s’ouvre à tout le monde. Or, si on est toujours dans une dictature, certains aspects ne peuvent pas tenir la route.
Toutes les sociétés qui ont mis les femmes de côté — comme l’Afghanistan dans son exemple le plus cauchemardesque — régressent socialement, mais aussi économiquement. Gilead interdit aux femmes de lire, d’écrire, de s’instruire et seules les filles de commandants reçoivent un semblant d’éducation.
Dès la seconde génération, donc celle qui naîtra à Gilead, il y aura des problèmes puisque tout reposera sur les hommes, y compris le simple travail domestique. Comment cuisiner quand on ne sait pas compter ? Mis bout à bout, on se rend compte que le scénario n’a tout simplement pas été travaillé en profondeur.
La rupture technologique
Quand Atwood a écrit son roman, on était en 1985. Internet n’existait pas, pour le grand public. Le trou dans la couche d’ozone était l’urgence environnementale du moment. Dans la série, Gilead semble avoir banni toutes formes de nouvelles technologies ou presque. Pas d’Internet sauf pour les commandants, pas de téléphone sauf pour les Yeux, pas de télévision, pas de radio, dans d’électroménager.
En somme, Gilead vit plus ou moins comme une communauté amish. Mais, il y a un hic : la médecine. Lorsque les servantes sont enceintes, elles doivent accoucher dans la maison à laquelle elles appartiennent, alors qu’on voit des hôpitaux flambant neufs, notamment lorsque Janine doit être soignée, avec des équipements très récents. Or, si la natalité est un problème, lorsqu’une femme tombe enceinte, la logique voudrait qu’elle soit suivie médicalement comme le lait sur le fait : échographie, cours d’accouchement, alimentation équilibrée, etc.
À Gilead, la logique n’est pas suivie jusqu’au bout et si le roman ne s’étend pas sur le sujet, les scénaristes auraient pu corriger cela, en enrobant le tout avec de la religion ou en virant carrément tous les apports technologiques de ces quarante dernières années. Ainsi, la PMA et la GPA auraient pu être incluses et pourquoi pas, le clonage humain.
Il y a les aspects technologiques, mais il y a surtout une lacune sur la question des réfugiés.
Defred devient June
Au départ, Defred est très sage, luttant pour sa survie au quotidien, puis, au fil des épisodes, décide de se rebeller et de s’enfuir. Elle finit par arriver, après bien des péripéties, au Canada où elle retrouve son mari, sa meilleure amie et d’autres réfugiées.
Dans le roman, Defred est très en retrait. Dans la série, June prend carrément la tête d’une organisation de résistance, quitte à retourner à Gilead. Pourtant, la plupart des réfugiés, notamment ceux qui ont quitté leur pays pour des persécutions de genre ou d’orientation sexuelle, ne retournent jamais dans leur pays d’origine et une fois installés dans un pays sûr, ils font tout pour se fondre dans la masse, pour se faire oublier, redoutant des assassinats ciblés.
June et Moira font exactement l’inverse : elles se font remarquer, retournent à Gilead, méprisent le danger. Si on peut éventuellement se dire que June le fait pour récupérer sa fille, dans le cas de Moira, cela ne tient pas la route ni dans celui d’Emily.
Le seul aspect crédible est l’attitude des Canadiens, qui finissent par en avoir marre des Américains et s’en prennent aux réfugiés.
Le verdict
On voulait comprendre pourquoi la servante écarlate avait fait un carton d’audience. Il est probable que la série soit arrivée au bon moment. Le scénario n’est tout simplement pas bon et pas assez travaillé.
Il y a aussi le sujet Elisabeth Moss. Elle incarne une rebelle à une secte religieuse qui a pris le pouvoir aux États-Unis, tout en étant membre de la très puissante église de Scientologie, mouvement sectaire. Autant dire que la crédibilité de l’actrice est très mince dans ce cas de figure.
La plupart des personnages sont trop caricaturaux. Néanmoins, trois d’entre eux arrivent à relever le niveau. Le premier est Serena Joy. Là encore, les scénaristes ont fait un choix esthétique. Dans le roman, les Waterford ont la soixantaine. Dans la série, Serena a l’air plus jeune que June. Cependant, son personnage est intéressant, car elle a contribué à la création de Gilead donc elle est entre deux feux.
C’est aussi le cas de Tante Lydia, qui a finalement une meilleure vie sous Gilead que lorsqu’elle n’était qu’une institutrice et, à son corps défendant, elle va finir par s’attacher à Janine, qu’elle a pourtant torturée. Enfin, Janine est finalement le personnage le plus cohérent. C’est une fille paumée, qui essaie de garder la tête hors de l’eau.
Sur le rendu global, la série est trop longue, au point qu’on se surprend à faire des avances rapides sur certains épisodes. On pousse un soupir de soulagement quand on arrive au dernier épisode de la dernière saison. À l’inverse, les premiers épisodes de The Testaments, qui est une suite, paraît beaucoup plus prometteuse.
La servante écarlate est disponible sur Disney+.