Horreur

The Ugly Stepsister

Comédie horrifique en provenance de Norvège, The Ugly Stepsister entre dans la catégorie OVNI du cinéma d’horreur. Attention : âmes sensibles s’abstenir.

Le scénario d’Ugly Stepsister

Dans un pays inconnu, à une époque inconnue, mais où la noblesse vivait dans des châteaux et les paysans dans des cabanes en torchis, la jeune Elvira se meurt d’amour pour le beau prince Julian, qu’elle rêve d’épouser.

Sa mère partage les mêmes ambitions et la traîne chez des rebouteux en tout genre, pour la faire se conformer aux standards de beauté. À la faveur d’un remariage, Elvira se retrouve affublée d’une belle-sœur, Agnès, qui elle, correspond tout à fait aux critères de beauté à la mode.

Après avoir évincé sa belle-sœur, Elvira et sa mère vont tout faire pour attraper Julian dans leurs filets, quitte à avoir recours à des méthodes plus que douteuses.

Viscéral, gore et trash

Ce film n’est absolument pas pour tout le monde. Tout y est montré, que ce soit les quelques scènes de sexe ou les « améliorations » esthétiques que va subir Elvira.

Le parti-pris de la réalisatrice a été de montrer l’horreur, dans toutes ses dimensions, y compris celles qui sont d’ordinaire cachées ou sous-entendues. En ce sens, elle s’inscrit dans le même mouvement que la trilogie Human Centipede, mais, soyez rassuré, en beaucoup dérangeant.

Cela permet aussi de montrer l’être humain, dans toute sa bassesse.

Un prince pas si charmant

Julian apparaît ici et là dans le film et jamais à son avantage, au point que l’on se demande bien pourquoi et comment Elvira peut être amoureuse d’un abruti pareil. Il est grossier, vulgaire, coureur de jupons et franchement peu alerte.

On peut toujours se consoler en se disant qu’on nous montre une époque révolue, même si on n’a pas de date précise. Cependant, il suffit de voir comment certaines personnes s’amourachent d’individus parfaitement sans intérêt pour se souvenir que d’autres critères entrent en jeu.

Dans le film, si Elvira est tout à fait cruche et se berce d’illusions, c’est surtout sa mère, croqueuse de diamants avant la lettre, qui tient absolument à la caser avec le prince pour enfin récupérer un train de vie qu’elle estime décent. En somme, la fille sert de véhicule financier.

Dictature de la beauté

Dans le film, vous verrez Elvira subir toutes sortes d’opérations de chirurgie esthétique. Tout y passe : les yeux, les dents, la posture, le poids, etc. On peut se moquer en se disant qu’elle s’inflige tout cela pour rien — surtout quand on voit la fin.

Puis, on se rappelle qu’à notre époque dite moderne, des jeunes filles sont prêtes à se faire faire des injections dans les fesses, pour correspondre à des standards de beauté qui nous viennent directement de l’industrie pornographique. À la différence de The substance, Elvira n’a pas le droit au chapitre : elle n’a ni les armes, ni l’âge, ni la maturité nécessaire pour faire le contre-pied.

Même si le film se passe à la Renaissance — on le suppose, on n’est pas assez calé pour le déterminer avec précision — le propos n’a pas réellement changé. D’autant qu’Elvira est parfaitement consentante pour subir tout cela, sans jamais remettre en question le principe même.

Agnès, le contre-pied

Le personnage d’Agnès est finalement celui qui répond le plus aux critères de l’héroïne classique, propre aux contes de fées. Non seulement elle est belle, mais elle est blonde, elle a un visage gracieux et pire ! Elle est totalement désintéressée.

En effet — on ne veut pas vous gâcher l’intrigue — elle ne s’intéresse absolument pas à Julian. Les circonstances vont l’amener à croiser sa route et lui, à tomber sous son charme.

Alors qu’elle aurait pu se venger d’Elvira et de sa belle-mère, au contraire, elle fait preuve de gentillesse et de magnanimité, ce qui renforce la méchanceté de la belle-mère.

Le verdict

The Ugly Stepsister n’est pas un film tout public et n’est clairement pas un film pour débutants en film d’horreur. Pour l’apprécier, il faut déjà en avoir vu un certain nombre et aimer le côté un peu artisanal du film.

Par ailleurs, rien n’est caché ou amoindri, tout est montré donc, évitez de dîner en même temps. Pour les autres, c’est un bon film, avec un propos qui n’est pas si éloigné de la vie moderne et si on pousse le raisonnement, on peut y voir une forme d’entrée dans l’âge adulte pour Elvira qui va ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure, au prix de très lourds sacrifices.

L’ensemble est très grinçant et les emprunts aux contes de fées ne sont pas déplaisants, d’autant qu’il restitue les « vrais » contes de fées et pas les versions Disney que nous avons tous connus enfants.

Pour le moment, The Ugly Stepsister ne paraît pas disponible sur les grandes plateformes de streaming, mais vous pourrez le trouver en DVD.