Drame

Game change

Sorti en 2012, Game change nous plonge dans la campagne du candidat John McCain et de sa désastreuse colistière, Sarah Palin.

Le scénario de Game change

Nous sommes en 2008. John McCain se prépare pour l’élection présidentielle américaine, durant laquelle il affrontera le sénateur Barack Obama. Problème : il lui faut un colistier. Après avoir fait le tour des candidats potentiels, ses conseillers lui dénichent Sarah Palin, gouverneur de l’Alaska.

D’abord séduits par la fraîcheur et la sincérité de la candidate, les conseillers vont rapidement se rendre compte que Sarah Palin n’est absolument pas au niveau pour devenir vice-présidente des États-Unis.

Le film retrace cette campagne cauchemardesque pour les équipes du candidat.

La belle époque

On regarde Game change avec une forme de nostalgie. Sarah Palin est inculte au possible et sort des absurdités extraordinaires, au point qu’on a des moments de blancs durant le film. On se dit que les scénaristes ont grossi le trait.

Sauf que non. Sarah Palin était foncièrement inculte et qu’une partie du film contient des extraits des émissions politiques américaines. On se replonge dans les archives et on se rend compte que oui, certaines phrases du film ont réellement été prononcées.

Le film est une adaptation d’un livre des conseillers de John McCain, ouvrage qui n’a malheureusement pas été traduit en français.

Mais, on peut parler de belle époque, car, on se disait qu’on ne pouvait pas tomber plus bas sur le plan de l’inculture politique et générale et que ce populisme serait temporaire. Puis, on va l’élection de Donald Trump et sa réélection.

L’immixtion de YouTube dans la campagne

L’un des points les plus intéressants du film est l’irruption de YouTube dans la campagne électorale. À cette époque, la plateforme vidéo en était encore à ses débuts, même si elle avait déjà été rachetée par Google.

Durant la campagne, les internautes ont supplanté les humoristes, en reprenant les déclarations ou interviews de Sarah Palin, pour en faire des montages, rendant la candidate extrêmement virale.

À son inculture générale, il y a aussi une forme d’amateurisme de l’équipe de McCain, qui n’avait pas du tout appréhendé l’aspect réseaux sociaux durant la campagne, alors que Barack Obama avait sorti l’artillerie lourde dans ce domaine.

Pour autant, peut-on dire que les réseaux sociaux ont fait la campagne ? Ce serait très réducteur. Il y a une combinaison de facteurs qui ont desservi John McCain et Sarah Palin fait partie de ses éléments.

Être candidat : un métier

Avec le recul, on se rend compte que Sarah Palin n’était absolument pas faite pour être une candidate à la course présidentielle. Elle passait très bien dans les meetings, car elle avait un public acquis à sa cause, notamment les parents ayant des enfants en situation de handicap.

Néanmoins, le film montre bien tous les problèmes qu’elle avait. On a amplement souligné son inculture, mais ce qui est le plus grave est son absence de volonté de s’améliorer. L’équipe de campagne essaie de la faire travailler et se rend compte que même sur des éléments basiques, elle n’est pas au point. Ils finissent par craquer et lui font apprendre par cœur des phrases toutes faites.

Au lieu de faire profil bas, elle joue les divas, allant jusqu’à réclamer des sondages de popularité dans sa circonscription — ce qui ressemble quand même à un abus de biens sociaux — alors que l’Alaska ne compte que trois grands électeurs et qu’ils avaient déjà donné leur vote à Barack Obama.

Enfin, elle n’était pas endurante. Si vous trouvez que les campagnes électorales françaises sont difficiles pour les aspirants à l’Élysée, dites-vous que ce n’est rien comparé aux États-Unis. Sarah Palin n’a jamais réussi à être autre chose qu’une élue locale.

Le verdict

Game change est un excellent film sans aucun temps mort, au point qu’on est déçu quand arrive le générique de fin. On adorerait une série qui raconte de l’intérieur les campagnes électorales américaines, racontées par les spin doctors.

La ressemblance avec Sarah Palin, interprétée par Julianne Moore est très troublante, au point qu’on a l’impression d’être en face de la « vraie » Sarah Palin. On retrouve aussi avec bonheur Sarah Paulson, la grande actrice de la franchise American Horror Story, qui a la tâche très délicate de gérer les relations presse de la candidate. On n’aurait pas aimé être à sa place.

La candidature de John McCain montre aussi la fin d’une ère. On peut parfaitement être en désaccord avec les idées politiques qu’il véhiculait. Mais, il a probablement été le dernier Républicain à avoir une certaine idée de l’État. Il n’était probablement pas conscient, ni son équipe, qu’en mettant en avant Sarah Palin, il ouvrait la voie au populisme assez crasseux qui touche les États-Unis.

Aujourd’hui, Sarah Palin est retirée de la vie politique. John McCain est décédé. Sarah Palin n’a pas été conviée aux obsèques. Game change est disponible sur HBO Max.