Ce que Charlie m’a appris

Il y a un temps pour l’émotion, un temps pour le deuil et le recueillement et un temps pour les questions. Sans vouloir m’avancer, je pense que la majorité des personnes – à l’exception des victimes des attentats ainsi que leurs familles – sont mûres pour que l’on commence à réfléchir tous ensemble.

Les médias

C’est l’aspect le plus évident. Certains médias ont fait preuve d’un voyeurisme qui a porté préjudice aux forces de police voire, qui ont mis en danger les otages. Je comprends et conçois que les médias doivent être rentables et donc générer de l’audience. Mais il y a une limite à ne pas franchir entre la rentabilité des médias et la mise en danger de la vie d’autrui. Gageons que les autorités compétentes se pencheront sur la question.

De la même manière, sans vouloir donner dans le graveleux, les informations, c’est comme les MST : ce n’est pas parce qu’on en a qu’il faut absolument les partager avec n’importe qui, surtout lorsque ces informations s’avèrent être dommageables pour des personnes sans lien établi avec les évènements en cours.

Enfin, même si la solidarité des médias et des journalistes a été très forte ces derniers jours, notamment envers leurs confrères, nous ne pouvons pas manquer de noter que cela n’a pas toujours été le cas et qu’il faudra veiller à l’avenir à ce qu’elle ne s’évapore dans les nuages.

Les politiques

Le travail qui attend les politiques – et en disant cela, je pense aux députés, aux sénateurs ainsi qu’aux ministres – va être colossal. A titre personnel, je pense qu’une commission d’enquête paritaire va voir le jour au Parlement pour énumérer les failles du système et proposer des correctifs. Mais pour que le travail de cette commission ne reste pas anecdotique, il faudra faire preuve d’une rigueur inattaquable, ne pas tomber dans l’amateurisme, utiliser des méthodes scientifiques. A nous citoyens de comprendre que le temps politique, le vrai, n’est pas le temps médiatique et que ce travail prendra nécessairement du temps. A vous les politiques de saisir la balle au bond et de comprendre que les citoyens sont en attente d’un certain "professionnalisme" de votre part.

J’entends certains dire que l’arsenal de surveillance, notamment d’Internet risque d’être accru. Je ne partage pas forcément cette idée. Pour autant, la vigilance ne baissera pas. En effet, certains esprits chagrins appellent de leurs vœux un Patriot Act à la Française. Rassurez-vous : il existe déjà. Entre les différentes lois de programmations militaires, sur la sécurité intérieure, sur l’anti-terrorisme, nous disposons déjà d’un très bon arsenal. Par ailleurs, il a été établi que ce n’était pas sur Internet que ces personnes s’étaient radicalisées mais bien dans la vraie vie. Comment en sont-ils arrivés là ?

Les trois auteurs des attentats étaient des enfants de la République. Ils étaient même plus Français que moi. Et pourtant, à un moment, ces types ont été embrigadés, endoctrinés et ont tué des innocents. Parce qu’ils étaient en dehors de notre République qui a oublié ce que fraternité voulait dire. La France aime s’enorgueillir d’aimer et d’aider ses pauvres. Mais quand on est une femme, un magrébin, un noir, il est plus difficile d’avoir un emploi, même avec des études, d’avoir un logement. A forcé d’être systématiquement mis de côté, de n’être vu que comme des victimes et/ou comme des dangers et/ou des alibis, il ne faut pas s’étonner que certains basculent. De façon cynique, cela est même étonnant qu’il n’y en ait pas plus. Vous en doutez ? Regardez les bancs de l’hémicycle. Regardez les conseils d’administration des entreprises.

Arrêtons l’angélisme, arrêtons la naïveté mais arrêtons l’hypocrisie.

Quand des enfants disent à d’autres enfants « sale terroriste », c’est que les adultes ont failli. Quand des enfants refusent une minute de silence à des victimes au motif qu’elles l’auraient bien cherché, c’est qu’à un moment l’éducation inculquée par les adultes a failli. Les enfants ne naissent ni racistes, ni terroristes, ni sectaires. C’est nous, les adultes qui les font devenir ainsi.    

Quant à la question de la prison, il est urgent de prévoir un grand plan des services pénitentiaires. Des prisons aux normes européennes, plus d’aumôniers, plus d’agents, plus de suivis, plus d’humanité. A l’heure actuelle, les prisons françaises sont des fabriques d’exclusion. Nos politiques doivent plancher sur des études d’impacts, sur des propositions sérieuses et cohérentes qui n’auront pas pour finalité de durcir les humains mais bien de les réinsérer. Or, la répression ne fonctionne pas sans sa jumelle : l’éducation. Soyons pragmatique : quelqu’un qui a un travail, qui peut partir en vacances, qui a un conjoint et des enfants, ça ne lui vient pas à l’esprit naturellement d’aller buter douze personnes.  

Les services de police

Rendons hommage à tous les services de police et de gendarmerie qui ont été mobilisés. Il est vrai que nous ne sommes pas toujours tendres avec vous mais, de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités et même si vous êtes des exécutants, quand il vous arrive de faillir, nous vous en voulons énormément. Merci à vous pour votre mobilisation.

 

Edit du 12/01/2014 à 13h43 : il semblerait qu'effectivement, "l'encadrement" des réseaux sociaux soit la priorité du Ministre de l'Intérieur. 

Commentaires

"Ils étaient même plus

"Ils étaient même plus Français que moi." Voilà une phrase qui me chagrine. Français par naissance ou par volonté, c'est être Français. Un de mes profs au CNAM est né Egyptien et a obtenu sa nationalité française bien après sa majorité. Pourtant, il a un amour de la France et une culture historique française bien supérieure à la moyenne des Français, de naissance ou non. De même pour son orthographe et sa grammaire. Est-il un sous Français ?

Tu es Française, point. Pas plus, pas moins qu'eux ou moi.

Ceci dit sans fauuse naïveté.

Hello, 

quand je dis qu'ils étaient plus Français que moi, c'est dans le sens où leurs parents sont nés Français et qu'eux-mêmes sont nés Français, contrairement à moi qui suis immigrée première génération et pourvue de la double nationalité. 

Cela me semblait important de le souligner parce que certains parlent de déchéance de nationalité en cas de terrorisme or, les conventions internationales que la France a ratifié interdit de rendre quelqu'un apatride. C'était ma façon de rappeler qu'il faut se méfier de certaines apparences. 

Merci de votre très intelligente intervention.

J'ajouterai que Charlie, plus qu'un journal politique, est un "poil à gratter" qui fait à la fois rire et réfléchir. Féministe de longue date, certaines unes m'ont fait bondir, mais réfléchir aussi. Et loin de moi l'idée de les faire interdire, même si elles m'ont choqué. J'espère que le Charlie à venir ne se laissera pas ériger en symbole, mais restera joyeusement iconoclaste.

Pour ce qui est de l'éducation, si côté parents on ne peut guère intervenir, il me semble que l'école devrait remettre au goût du jour ce qui s'appelait l'éducation civique, et n'était pas considérée comme un moment de récré. Et y faire appliquer les "principes de la république" : liberté, égalité, fraternité, bien que je n'aie pas la moindre idée de comment faire. Mais l'obscurantisme est sûrement ce qu'il est le plus urgent de combattre, par tous les moyens. Et je pense qu'il ne faut pas se priver de l'aide des associations.

 

Merci :) 

Sur le fond, Charlie comme d'autres journaux satiriques dénoncent ce qui ne va pas. En tant que croyante, les caricatures m'ont parfois grincer des dents mais est-ce que c'est la représentation des prélats de l'Eglise catholique en pédophiles qui est choquant ou le fait qu'il existe des pédophiles chez les prêtres catholiques ? :)  Perso, c'est plutôt la 2eme option.

Le propre de la caricature, c'est de grossir des traits pour en rire. 

Sur le fond, le problème va être le budget. On a tous de bonnes intentions mais on va se retrouver avec arbitrages interministériels qui risquent d'être au détriment du pan préventif/éducatif au profit du répressif. 

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