Horreur

The Forest (2016)

The Forest aborde la question du suicide, de manière assez frontale, le tout dans une atmosphère terrifiante, car partiellement basé sur des faits réels.

Le scénario de The Forest

Sara vit aux États-Unis et reçoit un coup de téléphone de la part des autorités japonaises. Sa sœur Jess est portée disparue.

Sara saute dans un avion et se rend à l’école, dans laquelle Jess était professeur d’anglais. Sur place, elle provoque la terreur d’une élève, qui pense voir un fantôme.

Après quelques explications, la lycéenne explique que Jess s’est rendue dans la forêt d’Aokigahara, réputée hantée. Sarah décide de s’y rendre pour retrouver sa jumelle, sans prendre en compte les avertissements sur ce lieu hautement hanté.

Aokigahara, la forêt pour ceux qui veulent mourir

Le film mélange trois éléments : la forêt d’Aokigahara au pied du mont Fuji, qui est devenue tristement célèbre pour être le deuxième endroit où les personnes viennent se suicider, les yūrei et l’ubasute.

Aokigahara est devenu un lieu de suicide dans les années 60 au Japon, lors de la sortie d’un roman, Kuroi Jukai. Le personnage principal décide de mettre fin à ses jours, suite à une rupture amoureuse.

La réputation sinistre de la forêt s’est accentuée lors de la sortie du « Manuel du suicide » de Wataru Tsurumi en 1993. Depuis, il existe des forums listant les lieux pour mettre fin à ses jours.

Il faut savoir que le Japon fait partie des pays ayant un taux de suicide très élevé, avec un pic à la fin du mois de mars, qui correspond à la fin de l’année fiscale. Les personnes viennent y mourir pour deux raisons.

La première est d’avoir une forme d’assurance qu’elles ne pourront pas être sauvées. La forêt est très dense, les connexions téléphoniques passent très mal. La seconde raison est qu’elles ne veulent pas mourir « seules ». Elles recherchent une forme de communion avec les autres suicidés.

La légende de l’ubasute et le suicide dans le troisième âge

Dans le film, on explique à Sara que les personnes âgées ou malades ont été abandonnées dans la forêt pour y mourir. Il s’agit de la légende de l’ubasute. Mais, comme son nom l’indique, il s’agit d’un mythe, propagé dans la littérature et le folklore. Il n’y a pas de preuves que cette pratique a réellement existé.

Par contre, des études scientifiques ont montré une tendance au suicide chez les personnes du troisième âge au Japon. En 1995 est parue une étude indiquant que les plus de 65 ans, qui représentaient 12 % de la population totale au Japon, représentaient 29 % des suicidés.

L’autre distinction se fait entre les urbains et les ruraux, dans une autre étude parue également en 1995. Les ruraux se suicident davantage que les urbains, car plus isolés. En raison de la crise économique, les jeunes ont dû quitter les zones rurales et donc leurs familles. Les personnes âgées se sont retrouvées totalement isolées et se sont senties inutiles.

Elles sombrent alors dans la dépression et préfèrent mettre fin à leurs jours.

Polémiques idiotes

Avant même sa sortie, le film a suscité des polémiques. Voici les principaux reproches adressés au film : le personnage central est caucasien, l’histoire aborde le suicide au Japon, sujet considéré comme offensant par certains, le film ne propose aucune solution au problème du suicide.

Un élément frappe immédiatement. Une grande partie des réactions négatives a été publiée avant la sortie en salle. L’appel au boycott s’est appuyé uniquement sur la bande-annonce. Chacun est évidemment libre de ne pas s’intéresser à un film. Cela ne justifie pas de le condamner sans l’avoir vu. Je n’ai aucun intérêt pour le Dossier 137, mais je ne lancerai jamais une campagne contre un film que je ne connais pas. A contrario, ayant subi The Great, je peux affirmer qu’on peut se dispenser de son visionnage.

Pour rappel, The Forest est sorti en janvier 2016, le 7 à Singapour et le 8 aux États-Unis. Pourtant, Monica Chang et Erika Sasaki ont publié leur article fin décembre 2015. Sam Dauer a fait de même le 21 décembre. Seules Jenna Lawson et Calista Malone ont attendu la sortie avant d’écrire*. Sur Tumblr, les publications datent également de décembre 2015. Il a fallu parcourir les profils des blogueurs pour retrouver les dates. On peut citer l’exemple de Charline Jao qui, le 1ᵉʳ janvier 2016, critique sévèrement le film tout en précisant qu’elle n’ira pas le voir. On ne peut pas analyser sérieusement une œuvre que l’on ne connaît pas.

Actrice caucasienne ou non ?

Abordons maintenant la question du casting. Certains ont contesté la présence de Natalie Dormer dans le rôle principal, estimant qu’une actrice japonaise aurait été plus appropriée. Néanmoins, du point de vue du récit, le choix d’une femme occidentale présente une cohérence. Sara se rend dans une forêt dont elle ignore tout, dans un pays qui lui est étranger, sans connaissances préalables ni préjugés culturels. C’est uniquement sur place qu’elle découvre le passé inquiétant du lieu.

Le contexte culturel influence fortement nos comportements. En Roumanie, certaines régions jouissent d’une réputation inquiétante. Quand on connaît la réputation de l’endroit, on ne s’y rend pas. Mais, fait-on le même choix si on n’est pas informé ?

Même en choisissant une actrice américano-asiatique, il aurait existé un risque de biais culturel. Nous sommes tous influencés par les croyances transmises par notre environnement et par les générations précédentes.

Le tourisme macabre

Le suicide au Japon représente une réalité préoccupante dans le pays et la forêt d’Aokigahara constitue un lieu très fréquenté pour ce passage à l’acte, comme on l’a évoqué précédemment.

Elle rivalise régulièrement avec le Golden Gate Bridge à San Francisco. Certaines municipalités doivent d’ailleurs faire face à un tourisme macabre. Faire porter la responsabilité d’un problème aussi grave à un film revient à blâmer le messager, d’autant que ces vagues de suicides sont antérieures au film. La souffrance des personnes qui se donnent la mort n’est pas causée par une forêt ou par une œuvre cinématographique.

Chaque pays est associé à ses propres traumatismes. Les États-Unis sont souvent liés à la violence des tueurs en série, l’Allemagne à son passé nazi, l’Amérique latine au narcotrafic. Pourtant, aucune nation ne se résume à cette part sombre de son histoire.

Une histoire de tabou

Le suicide doit-il être considéré comme un sujet interdit au cinéma ? Ce choix conduit à l’ignorance et à l’oubli des réalités humaines. Un thème que l’on refuse d’aborder ne disparaît pas. Il finit au contraire par s’imposer avec encore plus de force.

Certains reprochent aussi au film de ne pas résoudre la question du suicide. Il faut rappeler qu’un film demeure avant tout un divertissement. Il peut mettre en lumière une problématique ou susciter une réflexion, mais il n’a pas vocation à fournir une solution. Ma 6-T va crack-er, fréquemment salué par la critique, s’intéressait au quotidien dans les quartiers dits difficiles. Il n’a jamais prétendu apporter des solutions.

Jason Zada a été attaqué injustement sur des bases morales discutables. Si l’expression artistique doit être limitée par la peur de froisser, alors il ne reste qu’à renoncer à toute création et se consacrer au potager.

Le verdict

The Forest est un très bon film de fantômes, qui nous plonge immédiatement dans une atmosphère très particulière et très angoissante.

L’histoire tient la route et la fin est terrifiante. Natalie Dormer signe une jolie performance en interprétant deux rôles et on découvre une autre facette du Japon, qu’on connaît peu en Europe.

Le seul point éventuellement négatif est la photographie qui est assez sombre, donc, c’est un film à regarder à la nuit tombée. The Forest est disponible sur Netflix.


* Les liens, qui avaient été insérés dans le premier article, dédié à The Forest, sur un autre site, n’existent plus.