Drame

Thirteen

Thirteen est un drame adolescent, dans lequel une jeune fille tente de s’émanciper en accumulant les bêtises.

Attention : cette chronique révèle des éléments clés de l’intrigue.

Le scénario de Thirteen

Tracy a 13 ans et entre au collège. Timide, bonne élève, encore enfant, elle est fascinée par une camarade beaucoup plus populaire : Evie, avec qui elle va se lier d’amitié.

Au fil des semaines, Tracy et Evie enchaînent les écarts de conduite peu adaptés à leur âge : sexe, drogue, alcool, vols et trafics divers. Tracy sombre progressivement dans une relation toxique, d’autant plus que la situation à la maison est loin d’être idéale.

Un film caricatural

Si vous avez plus de quinze ans et êtes né dans les années 2000, ce film risque de profondément vous ennuyer. Premier problème : il est mal filmé. Tout le monde n’est pas fait pour tourner en 16 mm, surtout avec une caméra tremblotante et une gestion douteuse des filtres de couleur. Il est probable qu’à la fin du film, vous ayez perdu un ou deux dixièmes à chaque œil. Quand on tourne un film, il vaut mieux éviter de consommer du LSD.

Deuxième problème : personne n’est responsable. Tracy fait des bêtises, comme beaucoup d’adolescentes de son âge. Ce n’est qu’à la fin du film que les adultes de son entourage sortent brutalement de leur torpeur et se rendent compte qu’il y a un problème : une adolescente de 13 ans a déjà plusieurs piercings, consomme des stupéfiants et boit.

Tous les adultes ont de « bonnes » raisons de ne pas s’en mêler. La mère, alcoolique, est plus préoccupée par son petit ami, fraîchement sorti de cure de désintoxication, qui rechute rapidement. Le père est absent, accaparé par sa nouvelle famille. Les professeurs attendent patiemment que Tracy accumule les zéros avant de lui proposer de redoubler. Tout le monde a démissionné.

Des problèmes sous-jacents

Le film, inspiré de la vie de l’actrice Nikki Reed, se veut une représentation fidèle de ce que vivaient certaines adolescentes dans les années 90. À l’origine, la réalisatrice voulait simplement faire un film sur l’adolescence ; elle avait déjà entamé l’écriture du scénario lorsqu’en discutant avec l’actrice incarnant Evie, elle s’est convaincue qu’elle tenait là une meilleure histoire. On a vu des débuts plus prometteurs.

Quoi qu’il en soit, le film tente de faire d’Evie le déclencheur des problèmes, ce qui est erroné. Tracy se scarifiait bien avant de la rencontrer, en réaction à la vie infernale que lui faisait subir sa mère. Elle a commencé à voler de l’argent pour être populaire, mais ses conditions de vie étaient déjà loin d’être idéales.

Sa mère est coiffeuse à domicile, mais la seule chose qui semble lui tenir à cœur, c’est de rester à Los Angeles. Cette ville exige un niveau de vie élevé, et n’est pas faite pour les plus modestes. Lorsqu’elle voit sa fille devenir ingérable, elle ne songe jamais à faire ses valises pour s’installer dans le Nebraska ou dans un autre État rural des États-Unis, où les risques pour les adolescents seraient probablement moindres.

Le verdict

En voulant faire un film sur les adolescentes, la réalisatrice a réussi l’exploit de livrer une œuvre profondément hypocrite, extrêmement misogyne et presque rétrograde. Tracy et Evie se comportent comme des allumeuses, mais il suffit d’avoir côtoyé des adolescentes — ou de se souvenir de sa propre adolescence — pour comprendre que tester les limites fait partie intégrante de cette période de la vie. C’est aux adultes de fournir les bons repères.

À l’inverse, le comportement des garçons entourant Tracy et Evie n’est jamais remis en question. Le frère de Tracy se permet de lui faire la morale, alors qu’il fantasme ouvertement sur elle et ses amies. Quant aux adultes, ils semblent uniquement préoccupés par leur propre vie et tentent de nous apitoyer sur leurs échecs.

Ce film donne envie de remercier l’existence des plateformes de streaming : un tel projet ne serait probablement jamais financé aujourd’hui, tant il est mauvais, porté par un scénario indigent et avec une fin sans intérêt. Ne vous infligez Thirteen que si vous êtes désespérément en manque de films et que vous n’avez pas vu adolescence.

Thirteen est disponible sur Disney+.