All’s fair
Après plusieurs séries policières, Ryan Murphy continue à explorer le monde judiciaire avec All’s fair. Malheureusement, le résultat est médiocre. Attention : cette chronique se base sur les premiers épisodes uniquement, diffusés le 4 novembre 2025. Elle sera mise à jour ultérieurement.
Sommaire
Le scénario d’All’s fair
Allura et Liberty sont deux avocates, qui étouffent dans le cabinet machiste qu’elles ont intégré. À bout de nerfs, elles décident de claquer la porte pour monter leur propre cabinet, en intégrant Emerald, enquêtrice.
Dix ans plus tard, leur cabinet a fait fortune, en se spécialisant dans les divorces.
Au sommet de sa carrière, Allura est plaquée par son mari, joueur professionnel de football, qui prend sa pire ennemie pour le représenter dans la séparation.
Une représentation bling-bling du droit
La représentation du monde juridique américain a déjà pourri le monde judiciaire français. En effet, aux États-Unis, il est très courant que les avocats soient payés « au résultat », c’est-à-dire qu’en plus des honoraires, qui peuvent se monter à des milliers de dollars par heure, on doit ajouter le pourcentage pris sur les sommes obtenues. Le système est différent en France. Comme l’indique Maître Eolas, l’honorat de résultat est légal en France, à condition que la partie fixe ne soit pas dérisoire et puisse couvrir les frais du cabinet et que l’honoraire de résultat ait été convenu à l’avance et raisonnable.
Dans All’s fair, on en a rajouté une couche. On voit du champagne, des meubles de designers, une belle vue sur Los Angeles, des voitures de luxe, des vêtements de créateurs, mais aucun livre de droit. On comprend au fil des épisodes que le cabinet se fait une spécialité de ne jamais aller devant un juge, préférant faire de la négociation. On ne veut pas imaginer le montant des frais généraux d’un tel cabinet.
Cela peut s’entendre, mais certains détails ne collent pas. Ainsi, lors d’une confrontation, Allura et ses associées déballent des éléments de la vie privée de la partie adverse, qui préfère signer un chèque de 210 millions de dollars plutôt que voir cela étaler sur la place publique.
Sauf que les éléments en question, même s’ils peuvent être gênants, n’ont absolument rien d’illégal. Être adepte de certaines pratiques ne vaut pas une telle fortune. Donc, on n’y croit pas, pas plus qu’au jeu de Kim Kardashian.
Accusée Kardashian, levez-vous
On avait été agréablement surpris par la prestation de Kim Kardashian dans American Horror Story : Delicate. Dès lors, on aurait pu penser qu’elle serait capable d’endosser un autre rôle. On avait fait erreur.
Kim Kardashian n’est pas une actrice, elle est une célébrité de télé-réalité sous l’emprise de sa mère, qui n’a pas du tout travaillé son rôle. Sans aller jusqu’à dire que toutes les avocates doivent être déguisées en nonnes, les professionnelles du droit n’ont pas les tétons à moitié à l’air lors d’une confrontation, dans une phase précontentieuse. C’est une conciliation précontentieuse, pas une mammographie.
Allura — le personnage de Kin Kardashian — ne montre aucune émotion. Ni quand son mari la plaque ni quand une cliente aux abois se suicide devant elle. Alors qu’un être humain normal devrait être choqué face à un suicide en direct, ses associés et elle prennent leur jet privé pour aller à une vente aux enchères de bijoux à New York.
L’impression générale qui ressort est qu’il n’y a pas eu de consultants sur cette série et que Kim Kardashian n’a pas du tout suivi d’avocats pour entrer dans le rôle. En fait, Kim Karadashian ne sait pas jouer autre chose que son propre rôle.
Une enquêtrice peu discrète
L’autre personnage sur lequel on s’interroge est Emerald. Elle est l’enquêtrice du cabinet et son rôle est de constituer des dossiers, avec des informations sur les parties adverses. Aujourd’hui, beaucoup d’informations sont purement numériques. Il n’y a pas besoin de sortir de son bureau.
Néanmoins, Emerald part en filature et là, l’histoire ne tient plus. Parce qu’Emerald, par sa personnalité, son look et ses « accessoires » sont l’antithèse de la discrétion. Ce n’est pas le genre de personnages qui va se fondre dans le décor.
Il y a aussi un moment où elle dit qu’elle a mis à contribution ses fils pour plus ou moins pirater les fichiers numériques de la partie adverse, ce qui est illégal et rend le dénouement de cette affaire peu probable.
Féminisme de pacotille
Si vous regardez la bande-annonce, vous pouvez avoir l’impression qu’il s’agit d’une série mettant en scène des femmes avocates, qui veulent se battre pour les femmes. Vous allez tomber de très haut.
En effet, à un moment, on apprend que les associées ont donné des fonds pour une fondation. Mais, pour le reste, on doit chercher ailleurs. Allura et ses associées ne sont pas plus féministes que Gérard Depardieu. Elles défendent des femmes fortunées ou qui vont le devenir grâce à leur divorce.
Dans les premiers épisodes, la seule qui semble ne pas être une arriviste se suicide devant elles, sans que cela ne décoiffe leur brushing. Elles ne travaillent pas pour des mères célibataires sans un sou, pour des femmes battues sous emprise ou pour faire respecter l’égalité salariale.
Elles se mettent au service de femmes dont l’exploit principal a été de se trouver un riche mari et qui veulent se constituer une rente sur le dos d’un pigeon.
Le verdict
Le Daily Mail a démoli la série. Ils n’ont pas été les seuls. Elle n’a trouvé grâce aux yeux de personne et on le comprend. Tout ce qu’on pouvait détester dans Ally McBeal est amplifié, avec une surcouche de luxe obscène.
Comparaison n’est pas raison et comme indiqué plus haut, les avocats américains n’ont pas du tout les mêmes revenus que les avocats français. Mais, qui pourrait avoir confiance dans des avocates qui ont des ongles de dix centimètres, des coiffures impeccables, qui portent des gants au travail et dont la garde-robe est plus remplie que les Galeries Lafayette ? En les voyant, on se dit qu’elles passeront plus de temps à se maquiller qu’à travailler le dossier.
Que dire du rôle de Sarah Paulson ? Elle est présentée comme une avocate, qui n’aurait jamais digéré ne pas être intégré dans le cabinet d’Allura à ses débuts. Là encore, on n’y croit pas. Si on peut croire à une rivalité, elle est poussée à un tel point que ça devient pathologique. C’est du gâchis, tant l’actrice est talentueuse.
Curieusement, Kim Kardashian étudie le droit dans le monde réel et semble vouloir devenir avocate. On a très peur que cela se réalise si elle pense que le monde juridique ressemble à ce qu’elle a tourné.
All’s fair est disponible sur Disney +. Les trois premiers épisodes ont été mis en ligne et un épisode par semaine est programmé. Vous pouvez vous faire votre idée. Cette chronique sera actualisée une fois le visionnage terminé.