Seven
Classique des années 90, Seven est un film à avoir vu, en gardant à l’esprit qu’il a très mal vieilli.
Sommaire
Le scénario de Seven
L’inspecteur Somerset est à quelques jours de prendre sa retraite anticipée. Fatigué de la vie de flic, de son boulot et ayant l’impression de vider l’océan à la petite cuillère, il traîne sa carcasse entre le commissariat et la bibliothèque, dans laquelle il dévore les classiques.
Alors qu’il arrive sur les lieux d’un meurtre assez sanglant, il se retrouve flanqué d’un gringalet débarqué de sa cambrousse, l’inspecteur Mills. Ce dernier est plutôt brut de décoffrage, ne supporte pas de rester au bureau et veut courser tous les méchants qu’il croise sur sa route.
Après la découverte d’un deuxième cadavre, le duo de choc se rend compte qu’il est sur la piste d’un tueur en série, célébrant les sept péchés capitaux.
Un film a qui mal vieilli
Contrairement à Zodiac, qui est très bon, Seven a globalement mal vieilli et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la bande sonore est assez médiocre, au point qu’on doit monter le son de plusieurs crans pour entendre les dialogues. La lumière est également trop sombre, ce qui fait qu’on a des difficultés à capter tous les détails.
Brad Pitt se démarque par son interprétation assez convenue, sans grande originalité, presque caricaturale du flic bourru, qui ne veut surtout pas être pris pour un homosexuel. On se serait passé des trois répliques donnant une note homophobe au film.
Les techniques d’investigation ont pris un coup, mais ce n’est pas le plus gros problème du film. Son handicap majeur est qu’il ne sait pas où il va. Fincher a essayé d’ajouter quelques scènes gores, mais, elles sont mal filmées, mal cadrées et trop furtives pour créer une véritable répulsion. À l’inverse du silence des agneaux, qui misait tout sur l’aspect psychologique, ici, il est à peine effleuré. En conséquence, on est dans un entre-deux bizarre.
Un miroir de l’époque
L’action se passe dans les années 90 et une fois qu’on a énoncé cette évidence, il faut revenir sur cette période. Les années 70 et 80 ont été la grande période des tueurs en série aux États-Unis, comme l’a assez bien montré American Horror Story avec Hotel et 1984. La raison est presque purement administrative : les polices n’étaient pas reliées entre elles, les tueurs pouvaient se promener dans tout le pays. Les années 80 sont aussi l’arrivée du SIDA, là encore, bien illustré dans NYC. Le pays traverse une crise économique, ce qui a pour effet de plonger des milliers d’Américains dans la précarité. Ajoutons à cela une montée en puissance du crack, notamment à New York.
En réaction, la droite conservatrice américaine se sert de ces phénomènes pour expliquer que le pays va mal à cause de la déliquescence morale. Pour relever le pays, le pays doit retrouver Dieu et grâce à la télévision, on voit surgir des télévangélistes, qui ne prêchent plus uniquement le dimanche dans des églises froides, mais directement dans le salon des Américains. Ils ont perdu Dieu, mais, ils ont aussi perdu le goût de la culture et cet aspect est bien illustré par la dualité entre Somerset qui connaît les grands classiques de la littérature européenne et Mills qui ne sait pas prononcer Saint Thomas d’Aquin.
Enfin, le dernier élément, qui n’a pas disparu aujourd’hui, est la fascination du public pour les « true crimes ». On ne se contente plus de survoler les faits divers, on les exploite jusqu’au bout, on donne tous les détails, on raconte les perquisitions de vélos, les interrogatoires, au point que certaines pièces de procédures se retrouvent dans la presse, avant d’arriver chez les avocats des premiers concernés. Seven entendait faire une sorte de critique sociale de cette époque très particulière que sont les années 90 à New York, à savoir un dépotoir à ciel ouvert et en même temps, une recherche de pureté. Pour autant, Seven n’est pas basé sur une histoire ou sur une série de meurtres.
Le verdict
Comme dit précédemment, Seven fait partie des classiques du cinéma, que l’on doit avoir vu au moins une fois. Néanmoins, la jeune génération risque d’afficher de grands yeux ronds devant certaines scènes.
En comparaison, le silence des agneaux ou même Résurrection, avec Christophe Lambert sont bien meilleurs dans la catégorie thrillers mettant en scène des tueurs en série, avec des motivations exotiques.
On peut aussi voir ce film pour se rendre compte du chemin parcouru depuis par les studios, les scénaristes et les acteurs. Si Morgan Freeman possède un talent indéniable, Brad Pitt a le charisme d’une pantoufle oubliée dans un grenier.
Seven est disponible en DVD ainsi que sur HBO Max.